RÉFLEXIONS pour Лк 4:14-44
Le problème des nôtres et des étrangers a toujours existé, dans toutes les sociétés et dans toutes les cultures. Et partout, toujours, il s'est avéré qu'il valait mieux être des nôtres qu'étranger. Mais voici que le Messie est venu dans le monde, et il s'est avéré que tout n'était pas si simple. Il s'est avéré que le nôtre n'est pas nécessairement celui que nous connaissons. Le plus souvent, c'est celui dont nous pensons le connaître. Cela se comprend: nous percevons les nôtres comme une part du monde habituel et familier. Il n'est pas nécessaire de les regarder attentivement, il n'est pas indispensable d'écouter leurs paroles. En général, nous savons déjà à peu près ce que les nôtres peuvent nous dire.
Les étrangers, c'est autre chose. L'étranger est toujours celui qu'on ne connaît pas. Celui qui ne fait pas partie du monde connu et habituel; peu importe alors d'où il vient: d'un autre continent ou du village voisin. Les étrangers sont souvent rejetés, mais on les regarde toujours attentivement. On écoute ce qu'ils disent. Pas forcément avec bienveillance, mais nécessairement avec attention. Car il faut comprendre l'étranger. Ou au moins se l'expliquer. L'explication est souvent une illusion de compréhension. La compréhension suppose en effet d'accueillir l'autre tel qu'il est. L'explication, elle, commence lorsque nous percevons cet autre tel que nous voulons le voir. Afin qu'il entre dans les cadres de notre perception du monde habituel et familier.
Le Christ peut et doit être accueilli tel qu'Il est. Et Il peut et doit aussi être compris, tel qu'Il est. Mais il ne faut pas L'expliquer. Ni à soi-même, ni aux autres. Si, bien sûr, nous voulons être en communion avec le Christ, et non avec nos images du Christ. Et là, il apparaît que c'est plus simple pour ceux pour qui Il est étranger. Ils ne savent rien de Lui. Les siens non plus ne savent rien de Lui, mais ils pensent tout savoir. À la différence des étrangers, qui au moins ne se trompent pas au sujet de leur ignorance. Et il n'en va pas ainsi seulement avec Lui.
Il en va de même avec Dieu. Avec Son Père céleste. Ce n'est pas un hasard si Jésus prend dans l'ancienne histoire juive des exemples où les siens ne reconnaissent pas Dieu. Une non-reconnaissance qui sépare les hommes de Dieu. Et du Messie aussi. Car pour que Dieu ou le Messie commence à agir, il faut que l'homme le veuille. Et qu'il s'adresse directement à Dieu. Directement au Christ. Mais en aucun cas aux images de Dieu ou du Christ qu'il s'est inventées. Sinon le Royaume lui aussi peut se révéler irréel. Inventé. Et la vie en lui aussi.
