RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour Gn 37:1-36

L'histoire de Joseph est captivante et en même temps instructive. Il est marqué par Dieu depuis l'enfance; autrement, les songes prophétiques ne s'expliquent pas. Joseph a sans doute hérité ce don de son père; mais on ne peut hériter que d'une réceptivité mystique comme propriété particulière du psychisme, en aucun cas d'une relation avec Dieu.

Chacun établit lui-même sa relation avec Dieu, à partir de rien; elle ne se transmet pas par héritage. Les songes prophétiques, en eux-mêmes, ne font pas encore d'un homme un prophète, et cela se voit très bien précisément chez Joseph. Il ne s'agit pas seulement du fait qu'il raconte avec assez de naïveté tout à son père et à ses frères, auxquels les songes que Dieu avait montrés à Joseph n'étaient nullement destinés. Il s'agit aussi du fait que Joseph continue (même après la révélation reçue) à dénoncer ses frères, croyant manifestement avec sincérité faire une bonne action.

Il n'est pas étonnant que les frères aient assez vite eu envie d'expliquer à Joseph ce qu'ils pensaient de cette affaire. Mais il y avait encore quelque chose de plus sérieux. Il s'agissait du pouvoir, non plus dans une seule tribu, mais dans tout un grand clan, le clan des descendants de Jacob. Bien entendu, après sa mort. D'ordinaire, l'aîné héritait du pouvoir, mais ici la situation était particulière. Joseph était le fils bien-aimé de Jacob, et de plus il portait ce sceau de l'élection divine...

Bref, un rival sérieux se profilait. Il fallait se débarrasser d'un tel homme, et mieux valait le faire plus tôt que plus tard, lorsqu'il aurait grandi et pris conscience de ses possibilités. Dans le désert, l'occasion de se débarrasser d'un homme, si l'on veut vraiment s'en débarrasser, finit toujours par se présenter tôt ou tard. C'est ce qui arriva à Joseph. Les avis, toutefois, furent partagés: l'un des frères eut pitié de Joseph, et tous, semble-t-il, craignaient l'effusion de sang. Précisément l'effusion de sang: ils étaient prêts à jeter Joseph ligoté dans le désert pour qu'il meure de soif, mais ils craignaient de verser son sang. Ils le craignaient superstitieusement, comme on craint une souillure, mais ils le craignaient. C'est alors qu'arriva on ne peut plus à propos une caravane de marchands qui se rendaient en Égypte: ils étaient toujours prêts à acheter à bas prix un esclave qu'ils pourraient ensuite revendre avec profit en Égypte. Un tel commerce ne troublait personne: la traite des esclaves était à cette époque une affaire ordinaire. Et les frères se rassurèrent: ils étaient certains de ne plus revoir Joseph. Maintenant, disaient-ils, nous verrons ce que valent ses rêves.