RÉFLEXIONS pour Gn 36:1-43
Dieu n'a pas oublié Ésaü. Ses descendants sont les Iduméens, habitants d'Édom, ou du royaume iduméen, situé sur la rive orientale de la mer Morte. Ésaü dut tout de même quitter Beer-Shéva, alors même que Jacob ne lui manifestait aucune hostilité. Le problème tenait très probablement au fait que deux patriarches, deux fondateurs de deux peuples assez nombreux, se trouvaient tout simplement à l'étroit dans une oasis grande, certes, mais tout de même limitée. Jacob devait devenir le chef du peuple de Dieu, et il le devint après le départ d'Ésaü. Ésaü quitta Jacob, quitta Beer-Shéva, mais il ne quitta pas Dieu. Il n'avait d'ailleurs pas l'intention de quitter Dieu, du moins la Bible ne dit rien de son opposition à Dieu. Ésaü est lui aussi descendant d'Abraham, comme Ismaël, parti dans le désert encore plus tôt ; simplement, Dieu a à son égard, comme à l'égard d'Ismaël d'ailleurs, ses propres plans.
Tous les Juifs sont descendants d'Abraham, mais tous les descendants d'Abraham ne sont pas Juifs. Il n'y a manifestement pas ici de hasard, mais un dessein de Dieu. Dans le dessein de Dieu, il n'y a pas seulement les Juifs. Pas seulement le peuple de Dieu. Il a aussi certains plans pour les autres peuples. Une question naturelle se pose alors au sujet de ces autres, des descendants de Noé, par exemple. Abraham est parmi les descendants de Noé, mais Abraham est loin d'être le seul. La bénédiction de Noé s'étend à tous ceux qu'il a bénis, ou plutôt à tous ceux que Dieu bénit à travers lui. Et la bénédiction d'Abraham s'étend elle aussi à tous ceux que Dieu bénit à travers Abraham. C'est là que se découvre une régularité intéressante : au début, la bénédiction de Noé, bénédiction du juste devenu symbole de tous les justes de tous les temps et de tous les peuples, englobe Abraham ; puis la bénédiction d'Abraham, bénédiction de celui qui devait devenir, selon la parole de l'apôtre, « le père de tous les croyants », englobe les nations païennes qui remontent à Abraham, mais qui ne sont pas devenues partie du peuple de Dieu.
Dans ce « croisement » des bénédictions, dans leur « superposition » les unes aux autres, il y a sans doute un sens, encore incompréhensible pour nous. Une chose est claire : l'histoire de l'alliance n'est pas linéaire ; il n'y a pas de place ici pour des schémas simples. Chaque bénédiction de Dieu est une action de sa volonté, et de telles actions se superposent souvent les unes aux autres, se projetant sur le temps terrestre sous la forme des motifs les plus étranges de l'histoire juive et de l'histoire d'autres peuples voisins. Des motifs dont le sens ne deviendra sans doute clair qu'à la fin des temps.
