RÉFLEXIONS pour Lc 1:57-80
La lecture d'aujourd'hui achève le récit de l'évangéliste sur la naissance de Jean le Baptiste. Il est remarquable que la fin du récit de cet événement, chez Luc, suive immédiatement le récit de l'Annonciation, qui se trouve inclus dans le récit de la conception et de la naissance miraculeuses de Jean. Une telle composition du premier chapitre de l'Évangile n'est évidemment pas fortuite. Chacun des évangélistes décrit à sa manière la réalité de ce que les théologiens appellent aujourd'hui l'Incarnation de Dieu. Pour Luc, elle a, semble-t-il, avant tout une dimension historique, plus précisément historiosophique.
Une telle approche n'était pas quelque chose de tout à fait nouveau : les textes sacrés qui existaient aux temps protochrétiens (le Pentateuque, les Premiers Prophètes et les Derniers Prophètes) étaient eux aussi des oeuvres historiosophiques ; ils exposaient l'histoire du peuple de Dieu comme histoire de la Révélation. Et l'histoire de la Révélation était naturellement, avant tout, l'histoire des relations de Dieu avec l'homme. Il n'est pas surprenant qu'elle ait été principalement l'histoire des prophètes et des justes : en effet, on ne peut connaître la révélation que grâce au témoignage de ceux qui entendent Dieu et n'ont pas peur de témoigner de ce qu'ils ont entendu.
Il est évident que, pour Luc, qui savait comment Jésus évaluait le ministère de Jean le Baptiste (Lc 7,28), ce prophète est devenu le symbole du ministère prophétique comme tel, une sorte de quintessence de toute la tradition prophétique. Ce n'est pas par hasard que l'évangéliste décrit si en détail sa naissance miraculeuse, comme pour faire comprendre que Dieu lui-même désigne Jean comme celui qui achèvera ce que les prophètes des temps anciens avaient commencé. Et Luc décrit la naissance du Messie-Christ comme un événement qui devient le centre et le sens de toute l'histoire de la Révélation.
À cet égard, la composition du premier chapitre rappelle en partie la composition de l'icône orientale, où ce qui est généralement représenté au centre et en grand n'est pas ce qu'exigerait la perspective tridimensionnelle, mais ce qui constitue le centre de sens de ce qui est représenté. Chez Luc, une telle composition a encore un sens supplémentaire : la Nativité du Christ se trouve chez lui tissée dans la trame de l'histoire, même représentée symboliquement, mais cependant tout à fait réelle. Ainsi Luc a exprimé la vérité de ce qu'on appelle aujourd'hui l'Incarnation de Dieu, sans laquelle toute l'histoire de la Révélation serait restée inachevée.
