RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Dt 33:1-29

Le Deutéronome s'achève par la bénédiction de Moïse, après laquelle vient la scène finale, l'épilogue. Cette bénédiction rappelle la bénédiction du peuple par Joseph, que nous trouvons dans la partie finale du livre de la Genèse. De tels parallèles ne sont pas fortuits. À l'origine, le livre de Josué, selon l'opinion aujourd'hui dominante parmi les biblistes, formait un tout avec le Pentateuque, étant le sixième livre de la Torah telle qu'elle fut créée pendant l'exil de Babylone. La Torah cessa d'être un Hexateuque et devint un Pentateuque seulement après la réforme d'Esdras au milieu du Ve siècle av. J.-C. Le livre de la Genèse était à l'origine une sorte de prologue à la Torah, et le livre de Josué son épilogue. Ainsi il apparaît que la bénédiction du peuple, plus précisément des douze tribus qui le composent, retentit à la toute fin du prologue de la Torah et juste avant son épilogue.

Dans le premier cas, c'est Joseph qui bénit le peuple, car c'est lui qui rendit possible le déplacement du peuple en Égypte et le sauva de la mort par la famine; dans le second, c'est Moïse, le chef spirituel, organisateur et inspirateur de l'Exode, sous lequel le peuple quitta l'Égypte. Dans les deux cas, pourtant, la bénédiction est toujours concrète; elle est liée aux particularités de chaque tribu et de son ancêtre. Il n'y a rien d'étonnant ici: la bénédiction ne signifie rien d'autre que le don, par Dieu au peuple ou à une personne particulière, de cette force qui doit d'abord permettre à l'homme de devenir lui-même, celui et ce que Dieu l'a conçu.

Il s'agit, bien sûr, de son vrai soi, de la qualité authentique et de la vocation authentique de l'homme, non de ce que l'homme imagine souvent de lui-même en se prenant pour tout autre chose que ce qu'il est en réalité et en s'inventant une «vocation» selon l'image imaginaire qu'il se fait de lui-même et de sa vie. Or devenir celui que l'homme est en réalité n'est possible qu'avec la participation de Dieu, car en réalité l'homme est toujours tel que Dieu l'a conçu.

La bénédiction suppose donc que Dieu révèle en l'homme son trait le plus caractéristique, qui en lui-même est presque toujours ambivalent et peut être utilisé avec le même succès pour le bien comme pour le mal. Dieu veut que chacun, avec Son aide, découvre en lui son vrai soi et utilise le meilleur de ce qui lui a été donné par Lui. C'est ainsi que se construit la vie de l'homme, et c'est ainsi aussi que se construit la vie du peuple, car pour Dieu un peuple n'est pas une masse: il se compose de personnes particulières, dont Dieu voit et connaît chacune. Tel est le potentiel donné par Dieu au peuple; quant à la manière dont il sera mis en oeuvre, elle dépend du peuple lui-même et des personnes concrètes.