RÉFLEXIONS pour Gn 31:22-32:1
Il y a des personnes que seul Dieu peut arrêter. Laban, à en juger par le récit biblique, était précisément de celles-là. Son offense devait être grande. Si tendues qu'aient été les relations entre lui et Jacob, la fuite de ce dernier ne rentrait dans aucun cadre de décence de ce temps-là. On ne pouvait se séparer ainsi que du pire ennemi, de celui dont on attend une trahison, un coup dans le dos ou quelque chose de semblable.
Après une telle fuite, Laban devait penser que Jacob avait décidé qu'il allait l'égorger de nuit dans sa propre tente. Un tel comportement était en fait une insulte directe et un défi que Laban accepta et auquel il répondit en conséquence. Jacob, quant à lui, aurait vraiment mieux fait de se séparer de Laban, peut-être pas sous cette forme, mais tout de même. Rester plus longtemps sur ses terres aurait signifié des frictions de plus en plus grandes: Jacob était devenu trop riche, et sa richesse était considérée, sinon par Laban lui-même, du moins par beaucoup de ses parents, comme volée à leur clan. Mais fuir comme Jacob l'a fait n'était possible que si Dieu exigeait cette fuite; sinon, cela aurait été pure folie. Dieu arrêta donc Laban quand celui-ci se lança à la poursuite de Jacob, car ce départ de Jacob était Son initiative. Même les téraphim volés par Rachel, les dieux domestiques de Laban, ne l'empêchèrent pas.
Le sens du vol est bien compréhensible: l'homme qui emportait avec lui les figurines des protecteurs de la maison continuait à appartenir à la maison; il ne partait pas complètement, ne perdait pas ses droits sur la maison et sur l'héritage, n'y renonçait pas. Rachel, à en juger par le récit, ne voulait justement renoncer à rien; peut-être pensait-elle avoir déjà reçu moins que son dû dans la maison paternelle, espérant compenser ce qui lui avait été refusé par l'héritage reçu après la mort de son père. Quoi qu'il en soit, elle emporta secrètement avec elle les téraphim, conservant ainsi ses droits sur la maison et ne renonçant pas à l'héritage.
C'est ce qui indigna particulièrement Laban: partir d'une manière aussi provocante, et en plus revendiquer des droits sur la maison de celui à qui l'on avait, en fait, craché dans l'âme, c'était trop. Pourtant Dieu n'abandonne pas Jacob ici non plus, car il ne savait réellement rien des téraphim emportés par sa femme. Les hommes peuvent parfois agir étrangement, laidement, inconsidérément, même de façon pécheresse; mais tant qu'il existe la moindre chance d'accomplir Son dessein, Dieu l'accomplit. Malgré le péché humain et l'imperfection humaine, car depuis la chute Il n'a plus d'hommes sans péché et parfaits.
