RÉFLEXIONS pour Dt 28:1-34
Les avertissements sur les bénédictions et les malédictions qui atteignent le peuple en cas de fidélité ou, au contraire, d'infidélité à Dieu peuvent paraître une arithmétique quelque peu étrange et formelle, si caractéristique de la conscience religieuse. L'homme religieux voudrait justement que, peu importe que ce soit dans ce monde ou dans l'autre, fonctionne précisément cette arithmétique des bonnes et des mauvaises actions, une sorte de mécanisme de rétribution ressemblant à un ordinateur. Cet ordinateur ferait le bilan de chaque vie humaine, ou même de la vie de peuples entiers, puis délivrerait la somme correspondante d'encouragements ou de châtiments. Et, bien sûr, chaque homme religieux, au fond de son âme, espère, voire est sûr, que le calcul final sera en sa faveur.
On peut avoir l'impression que le Livre du Deutéronome confirme lui aussi la justesse d'une telle vision : il y est bien question de récompenses et de bénédictions pour l'obéissance à Dieu, et de malédictions, donc de châtiments, pour la désobéissance. En réalité, pourtant, tout se révèle moins simple. Si la bénédiction et la malédiction n'étaient que des récompenses et des châtiments distribués d'en haut, tout serait à peu près comme se le représente la conscience religieuse. Mais, en fait, la bénédiction et la malédiction sont liées, respectivement, au don par Dieu d'une force à l'homme ou à tout un peuple, et à son retrait. Il s'agit donc ici, en tout cas, de la dynamique des relations de l'homme avec Dieu, ou de son absence. Dans le cas présent, il est vrai, il ne s'agit pas d'un individu, mais d'un peuple entier, mais cela ne change rien au fond de l'affaire.
S'il en est ainsi, il ne faut plus parler de récompenses ou de châtiments attribués selon la conformité de la conduite de l'homme ou du peuple à tels ou tels critères, fussent-ils religieux ou moraux, mais de la conséquence des relations qui unissent le peuple à Dieu. La bénédiction et la prospérité qui en découle ne sont pas une récompense, mais un état correspondant aux relations qui unissent le peuple à Dieu. De même, la malédiction et les malheurs qui la suivent ne sont pas un châtiment, mais la conséquence de l'absence de relations normales avec Lui. La force de Dieu est inséparable de l'amour de Dieu, et l'amour suppose précisément une dynamique de relations, non un jeu selon des règles établies. De là vient le tableau que trace l'auteur du Deutéronome : celui d'un monde demeurant dans l'amour de Dieu ou restant sans lui.
