RÉFLEXIONS. La Bible pour les débutants.

RÉFLEXIONS pour Mc 12:1-12

La parabole de la vigne que nous trouvons dans le passage d’aujourd’hui apparaît plusieurs fois dans l’Évangile. Il est évident que les évangélistes, en la répétant encore et encore, ont voulu nous communiquer quelque chose de très important pour nous. Bien sûr, Jésus Lui-même adresse cette parabole en premier lieu contre Ses contemporains, dont les uns appartenaient à la fraternité religieuse des pharisiens, tandis que les autres occupaient une position en vue comme serviteurs du Temple ou théologiens connus, docteurs de la Loi. Mais s’il ne s’agissait que d’affaires d’un passé lointain, il ne vaudrait guère la peine que nous prêtions aujourd’hui tant d’attention à cette parabole, car enfin nous ne sommes ni pharisiens, ni prêtres de l’Ancien Testament, ni docteurs de la Loi. Et si nous nous trouvions à la place des vignerons de la parabole, nous ne rejetterions évidemment pas les envoyés: car nous sommes chrétiens, et nous avons, semble-t-il, fait notre choix.

Mais voici la question: pourquoi ceux auxquels Il S’adressait en premier lieu n’ont-ils pas accueilli le Sauveur? Il ne leur fallait pourtant «passer» nulle part pour cela: Jésus ne proposait à personne aucune nouvelle religion. Il proposait autre chose: le Royaume de Dieu. Le christianisme n’est pas du tout une religion: Jésus ne nous a laissé ni nouvel enseignement religieux, ni organisation religieuse semblable, par exemple, à cette même fraternité pharisienne, ni règlement ou code moral que nous devrions suivre. Il n’a laissé dans le monde que la communauté de Ses disciples, auxquels Il n’a commandé qu’une seule chose: vivre dans le Royaume. Le christianisme est précisément cette vie dans le Royaume. Bien sûr, au fil des années et des siècles, elle devait inévitablement revêtir des formes religieuses dont il est impossible de se passer entièrement avant le second avènement du Christ et la transfiguration complète du monde. Et la vie chrétienne s’est revêtue d’une multitude de vêtements religieux, orthodoxes, catholiques, protestants, variés comme toute vie est variée, et plus encore la vie dans le Royaume.

Mais si nous, chrétiens, avons vu apparaître avec le temps notre propre religiosité chrétienne, alors tôt ou tard nous rencontrerons inévitablement des problèmes religieux, les mêmes que ceux auxquels, aux temps évangéliques, se heurtaient les pharisiens, les prêtres du Temple et les docteurs de la Loi. Or le problème principal, comme on le voit dans la parabole, fut le désir de s’emparer comme d’une propriété de la vigne qui appartient à Dieu seul et dans laquelle chacun de nous ne peut être, au mieux, qu’un ouvrier. À première vue, un tel désir est pour un croyant pour le moins étrange. Mais une telle prise de possession n’a pas forcément à être mal intentionnée dès le départ. En règle générale, elle se produit sous toutes sortes de prétextes honorables, et le plus souvent sous prétexte de protéger la vigne contre les étrangers, contre les voleurs et les destructeurs.

Et ici la religiosité tombe on ne peut mieux: lorsqu’il faut séparer un peuple de tous les autres, ou une partie du peuple d’une autre, protéger la communauté contre des influences destructrices, quelles qu’elles soient et de qui qu’elles viennent, la religion peut se révéler très utile. Car la religion est toujours liée à un ensemble déterminé de normes, de règles et de formes plus ou moins rigides, qui régissent tous les aspects de la vie, ou beaucoup d’entre eux; une telle réglementation protège en elle-même assez bien des influences extérieures. Et si l’on se rappelle que toute religion est aussi un ensemble de certaines règles de vie et d’obligations religieuses, il apparaîtra qu’elle ne protège pas seulement, mais discipline aussi les individus comme les communautés entières.

Et pourtant toute religion, même celle qui a pour fondement une révélation donnée par Dieu, demeure œuvre de mains humaines. Car la révélation donnée par Dieu est exprimée et incarnée dans la vie par des hommes, qui l’adaptent à leur limitation humaine. C’est pourquoi toute révélation est toujours plus grande que toute religion, et le Royaume ne tient dans aucun cadre religieux. Il faut alors choisir entre une religiosité habituelle, établie, éprouvée par le temps, méritée, et le Royaume. Puis, après avoir choisi, laisser la religion habituelle pour le Christ. Ou bien, en restant attaché à son propre bien, tuer Celui qui porte le Royaume. Le tuer parce qu’autrement ceux qui veulent rester attachés à leur propre bien n’auront pas de vie tranquille. Car la religion saisit toujours l’homme tout entier, complètement, déterminant sa vie du commencement à la fin, et l’homme religieux ne supporte pas l’idée même qu’il puisse exister dans le monde quelque chose sur quoi sa religion n’ait pas de pouvoir.