RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Dt 19:1-21

La question des villes de refuge est soulevée à plusieurs reprises dans la Torah: on voit qu'elle est extrêmement importante. Rien d'étonnant à cela: il s'agit du meurtre et de la peine qui s'y rattache. Or la Torah, et en particulier le Livre du Deutéronome, traite avec un très grand sérieux la question du crime et du châtiment, de l'enquête sur le crime. Toute accusation doit être prouvée, fondée sur des témoignages; et lorsqu'il s'agit d'un crime dont la peine peut être la mort, il faut le témoignage d'au moins deux témoins, et mieux encore, pour plus de sûreté, de trois.

Il ne s'agit pas seulement du fait qu'il est plus facile de corrompre ou d'intimider un seul témoin que deux ou trois. Il s'agit aussi du fait que le témoignage croisé reconstitue toujours un tableau plus objectif de ce qui s'est passé, ne serait-ce que parce qu'il permet de voir les mêmes événements par les yeux de personnes différentes, donc sous différents côtés et de différents points de vue. Le tableau de ce qui est arrivé devient volumineux et multiforme. Tout cela était particulièrement important dans l'enquête sur un crime tel que le meurtre. Là, dans la société traditionnelle de clan et de tribu, se mettaient habituellement en marche les mécanismes de la vengeance du sang, derrière lesquels se tenait une puissante couche de conceptions très anciennes, semi-magiques.

Le meurtre, l'effusion de sang, était considéré comme une souillure en soi, indépendamment du fait que le meurtre fût ou non une violation de la loi. Même tuer un ennemi à la guerre souillait le meurtrier: ce n'était pas considéré comme un crime, mais cela exigeait tout de même une purification. À plus forte raison en était-il ainsi lorsqu'il s'agissait du meurtre d'un innocent: un tel meurtre exigeait une purification par le sang, par le sang du meurtrier. Ne pas venger le sang versé signifiait devenir complice indirect du meurtre, si du moins la vengeance était possible.

C'est précisément de ce magisme que le Livre du Deutéronome prescrit de s'éloigner dans l'enquête sur un meurtre. Il fallait laisser les représentations traditionnelles et ne regarder que ceci: le meurtre était-il accidentel ou intentionnel, prémédité ou spontané? Cela se comprend: pour Dieu, les actes de l'homme sont importants, mais les intentions qui les sous-tendent ne le sont pas moins. Tout le reste n'a pas d'importance pour Lui, et la Torah prescrit de ne prêter attention qu'à ce qui importe à Dieu.