RÉFLEXIONS pour Dt 17:1-20
À en juger par les lois que nous propose le Livre du Deutéronome, l'idéal social de son auteur est une hiérocratie. C'est là une concession évidente, un renoncement à la théocratie si chère au coeur des premiers prophètes: or le Livre du Deutéronome est apparu dans le milieu des premiers prophètes, dans les communautés prophétiques primitives du Royaume du Nord.
Les premiers prophètes ont toujours été plus proches de la théocratie, du pouvoir d'un chef charismatique établi par Dieu, qui conduisait le peuple au nom de Dieu et pour Dieu. La hiérocratie, elle, signifiait le pouvoir du sacerdoce, de la communauté sacerdotale, de la communauté du Temple de Jérusalem, qui justement à l'époque de la rédaction du Livre du Deutéronome acquérait sa première expérience de participation à la vie politique, non pas au Nord, bien sûr, mais au Sud, dans le Royaume de Juda.
La logique de l'auteur du livre était compréhensible: il lui importait de préserver la pureté de la Torah, y compris comme loi d'État; pour cela il fallait trouver des hommes qui, possédant pouvoir et autorité, soient en même temps fidèles à la Torah. L'auteur du Livre du Deutéronome trouva de tels hommes dans les membres de la communauté du Temple: le sacerdoce de Jérusalem possédait dans son pays à la fois le pouvoir, l'autorité spirituelle, et les prêtres, naturellement, ne se concevaient pas en dehors de la Torah. Si quelqu'un pouvait favoriser l'acceptation et la diffusion de la Torah dans toute sa plénitude et sa pureté comme loi d'État, c'était bien le sacerdoce de Jérusalem. La chose se compliquait, il est vrai, du fait que les relations entre les deux États juifs étaient, au moment de la rédaction du livre, pour le dire doucement, très tendues; mais elles préoccupaient peu l'auteur sacré, car lui-même était manifestement adversaire du pouvoir séculier tel qu'il existait au Nord.
La Judée, toutefois, était elle aussi un royaume, et l'auteur du livre le comprend: le yahvisme pur peut se conjuguer avec le pouvoir royal, mais à une condition: que le roi suive strictement la Torah, sans s'en écarter ni à droite ni à gauche. Cette exigence faite au pouvoir terrestre de suivre la loi de Dieu peut être considérée comme pleinement universelle; elle vaut pour tous les temps. Les formes de gouvernement et d'organisation sociale peuvent changer, mais le principe fondamental demeure inchangé: aux yeux de Dieu, seul a droit à l'existence un pouvoir dont les représentants suivent la Torah, au minimum en ne violant pas les commandements donnés par Dieu.
