RÉFLEXIONS pour Dt 12:1-13:1
La législation du Deutéronome commence par l'exigence de centraliser le culte yahviste. Ici, pour la première fois, il est dit avec une pleine clarté : il n'y a qu'un seul lieu choisi par Dieu pour Son autel ; c'est là que doivent être offerts tous les sacrifices, et toutes les autres fêtes, au cours desquelles on abat des animaux et l'on mange de la viande, ne sont ni des sacrifices ni des repas sacrés. Bien plus : il est dit directement ici que la multiplicité des autels est un signe de paganisme, tandis que chez les yahvistes, qui n'ont qu'un seul Dieu, l'autel doit lui aussi être unique.
Une telle logique peut paraître trop rectiligne, mais elle n'était pas fortuite. Il faut noter que la centralisation réelle du culte yahviste en Israël (plus précisément, en Juda) n'eut lieu qu'au VIIe siècle, sous le règne du roi Josias, qui, dans sa politique religieuse, se guidait justement sur les indications du Deutéronome (on l'appelait alors simplement le Livre de la Torah, ou le Livre de la Loi). Cette démarche permit d'en finir immédiatement avec tous les restes de paganisme qui existaient encore alors dans le pays. En effet, s'il n'y a qu'un Temple, et donc un seul autel, il est beaucoup plus simple de vérifier à qui l'on y offre des sacrifices. Aux temps anciens, lorsqu'il y avait dans le pays une multitude d'autels, y compris yahvistes, lutter contre les cultes païens était bien plus difficile. À côté des sanctuaires connus et vénérés, qui existaient déjà au temps des Patriarches, il y avait en effet une multitude d'autels et de sanctuaires tribaux, claniques, familiaux ; et seuls ceux qui venaient à ces autels savaient qui l'on y adorait.
Désormais, après la centralisation du culte, la vie religieuse du pays, du moins publique, était visible de tous et concentrée en un seul lieu. Indépendamment de la question de la datation du Deutéronome, on pourrait dire que le problème mentionné était devenu actuel sinon au temps de Moïse, du moins au temps de Josué, aussitôt après la conquête de la terre.
Il y avait ici autre chose encore, lié déjà à la vie spirituelle comme telle. Depuis longtemps, les hommes savaient choisir et trouver des lieux convenables pour leurs autels, des lieux où il leur était commode d'adorer leurs dieux. Ici, la situation était exactement inverse : il ne fallait pas choisir le lieu du culte rendu à Dieu selon son goût, mais aller là où Dieu l'indiquerait. C'était Lui qui devait choisir le lieu de la rencontre, et non l'homme. Cela paraît simple et clair, mais l'accomplissement de l'exigence exposée dans le Deutéronome était encore une leçon de marche à la suite de Dieu, pas à pas, si nécessaire au peuple sur son chemin spirituel et historique.
