RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour Gn 10:1-32

Le dixième chapitre de la Genèse est entièrement consacré à la description de l'installation sur la terre des descendants de Noé. En un certain sens, il rappelle les généalogies d'avant le déluge, mais avec une différence essentielle : il y a tout de même ici un certain ancrage géographique ; du moins peut-on parler de la région du Proche-Orient comme du territoire occupé par les descendants de Noé. Une telle localisation ne doit pas étonner : le déluge, bien qu'il soit appelé universel dans la Bible, est en réalité décrit comme un événement plus ou moins local, lié à cette même aire proche-orientale. Et tout le Prologue de la Genèse vise avant tout le Proche-Orient ; le territoire, par exemple, « à l'est d'Éden », où Caïn se rend après avoir tué son frère, le fait pour ainsi dire sortir des limites du monde de Dieu ; or Éden, si l'on suit la géographie sacrée du Prologue de la Genèse, se trouve en Mésopotamie. La frontière orientale de la Mésopotamie est déjà la frontière du monde de Dieu.

Il n'y a rien d'étonnant ici : il ne s'agit pas de la terre dans son ensemble, mais d'une oikouménè concrète, d'un territoire que les porteurs de telle ou telle civilisation perçoivent comme le leur, de sorte qu'ils s'y sentent, sinon chez eux (l'oikouménè ne correspond pas nécessairement aux frontières d'un État), du moins dans leur propre monde, bien connu. Pour un Juif du VIe siècle av. J.-C., lorsque fut écrit le livre de la Genèse tel que nous le connaissons aujourd'hui, l'oikouménè était le territoire allant des îles Ioniennes à l'ouest jusqu'à la frontière orientale de la Mésopotamie à l'est, et de l'Asie Mineure au nord jusqu'à l'Égypte au sud. Tout ce qui se trouvait au-delà était un autre monde, étranger et hostile.

Si une catastrophe se produit à l'échelle de l'oikouménè, elle devient pour ses habitants mondiale, peut-être même universelle. De telles catastrophes, qui influençaient toute la région civilisationnelle du Proche-Orient, n'étaient pas si rares dans l'Antiquité ; d'où les traditions du déluge, bien entendu universel. Et le peuplement du monde après le déluge se produit lui aussi à l'échelle de l'oikouménè proche-orientale, ce qui est tout à fait logique.

Là, au Proche-Orient, depuis l'époque des premières grandes civilisations, vivaient réellement des représentants de trois grandes familles ethniques et, par conséquent, linguistiques : hamitique, sémitique et aryenne ; ces derniers étaient porteurs des langues de la famille indo-européenne, et encore dans la première moitié du siècle dernier, dans la littérature scientifique, on les appelait japhétides. Le monde est repeuplé après le déluge, devenant autre tout en demeurant lui-même, comme cela arrive toujours après les cataclysmes et les catastrophes.