RÉFLEXIONS pour Mt 2:13-23
Que peut-on penser du massacre qu'Hérode organisa à Bethléem ? Un crime ? Sans aucun doute. Terrible, inouï ? En somme, non, bien sûr, aussi horrible que cela paraisse. Même dans l'Antiquité, ce n'était pas quelque chose d'exceptionnel, et encore moins au regard des événements des derniers siècles.
Et le plus horrible ici n'est pas la cruauté en tant que telle, mais la logique qui engendre cette cruauté. Il ne s'agit pas de la justifier : les dirigeants semblables à Hérode ne jugeaient pas nécessaire de justifier la cruauté lorsqu'elle leur paraissait opportune. Or Hérode, meurtrier d'enfants, est d'ailleurs entré dans l'histoire avec les épithètes de « grand » et de « bâtisseur » : on s'est souvenu de lui comme d'un gouvernant habile et adroit, qui savait manoeuvrer dans les entrelacs de la grande politique proche-orientale de son temps, et comme, pour parler dans un langage moderne, d'un « gestionnaire efficace » ayant mené à bien toute une série de projets d'envergure (c'est lui, en particulier, qui réalisa la reconstruction, et en fait la refonte complète, du Temple de Jérusalem, le transformant en un édifice grandiose et majestueux).
Mais les gens, à ce qu'il paraît, n'intéressaient Hérode que dans le contexte de ces mêmes projets d'envergure. Et quiconque représentait pour eux la moindre menace devait disparaître, sans parler de ceux qui pouvaient, ne serait-ce que par supposition, menacer son propre pouvoir. Tel est, apparemment, le revers de la « gestion efficace » : les personnes n'y sont plus qu'un matériau consommable. Et, qui plus est, le matériau le moins cher de tous.
Pour le Royaume, chacun est important. Pour les dirigeants de ce monde, aucun ne l'est.
