RÉFLEXIONS pour Dt 8:1-20
En décrivant le chemin parcouru par le peuple, le Livre du Deutéronome nous le présente comme le chemin de la Torah. Il n'y a pas de place ici pour la théorie des récompenses et des châtiments, si répandue parmi les personnes religieuses, selon laquelle l'homme reçoit une récompense pour l'accomplissement de ce que Dieu a prescrit et un châtiment pour la violation de Ses prescriptions. La logique est ici tout autre. L'homme suit Dieu parce que seul un tel mouvement peut être appelé chemin. Tout le reste est absence de chemin, menant nulle part. En marchant sur le chemin de Dieu, l'homme arrive là où Dieu veut le conduire.
Dieu veut conduire l'homme au lieu de la rencontre avec Lui, au lieu de Sa présence, afin de sanctifier l'homme et de lui donner la possibilité d'une vie nouvelle et pleine. La terre promise devient dans le Livre du Deutéronome un tel lieu : c'est là que Dieu conduit Son peuple afin de le renouveler, lui et la terre elle-même, en faisant d'elle une préfiguration du Royaume. C'est précisément pourquoi le schéma religieux traditionnel des récompenses et des châtiments ne fonctionne pas ici. Le fait est que le peuple, par définition, ne peut mériter ce qu'il reçoit : il s'agit en effet de l'humanité déchue, et le peuple de Dieu ne fait pas exception ; lui aussi est composé de personnes déchues.
L'homme déchu, par définition, n'est pas prêt à rencontrer Dieu et, également par définition, ne mérite ni le Royaume ni la terre promise comme sa préfiguration. Seul Dieu Lui-même rend prêts les individus et le peuple tout entier, et Il le fait dans le processus du mouvement sur le chemin par lequel Il le conduit. Si le peuple parcourt le chemin tracé pour lui par Dieu, s'il marche pas à pas derrière Celui qui a tracé ce chemin, il deviendra prêt à rencontrer Dieu et à vivre dans la présence de Dieu sur la terre donnée par Dieu.
Et la vie même sur cette terre est impensable hors du contexte des relations avec Dieu. La terre est donnée au peuple non comme propriété, mais pour qu'il en use, à condition qu'il n'oublie pas Dieu et ne commence pas à compter sur lui-même à Sa place. Il ne s'agit pas d'un statut, ni d'une mesure disciplinaire, mais d'un simple fait : sans Dieu, il est impossible de vivre sur la terre de Dieu. Elle existe d'abord comme lieu de la présence de Dieu, et seulement ensuite comme phénomène naturel, comme lieu, territoire, réalité géographique. Qu'on inverse les priorités, et la terre est perdue ; c'est ce dont Moïse avertit son peuple en parlant au nom de Dieu.
