RÉFLEXIONS pour Ps 90
Le psaume 90 appartient à une époque de transition, l'époque où Jérusalem, après sa conquête par David, devint la capitale religieuse du yahvisme et en même temps la capitale de l'État juif nouvellement créé. Auparavant, Jérusalem, appelée alors Salem ou, d'après le nom de la tribu sur le territoire de laquelle elle se trouvait, Jébus, était une ville-sanctuaire, un sanctuaire vénéré par toutes les tribus environnantes, où l'on adorait une divinité nommée El-Elyon, dieu local du ciel comparable à Zeus Olympien en Grèce. Dans la traduction synodale, le nom de cette divinité est généralement rendu par «Dieu Très-Haut», bien qu'il serait plus exact de traduire le titre correspondant par «élevé» ou «exalté».
Il s'agit manifestement ici d'un dieu du ciel, mais non du Dieu d'Abraham, qui s'est révélé à Abraham lui-même sous le nom d'El-Shaddaï, généralement traduit par «Dieu Tout-Puissant», bien qu'il serait plus exact de le rendre par «Dieu de force», si l'on traduit tout court, car les noms propres, d'ordinaire, ne se traduisent pas, même s'ils ont leur étymologie. Or, dans le psaume 90, les deux épithètes, Elyon, rapportée à l'ancien maître du sanctuaire, et Shaddaï, rapportée au Dieu d'Abraham, sont appliquées à Yahvé.
La mention des plumes et des ailes dans le texte indique probablement qu'aux temps pré-yahvistes on adorait El-Elyon sous l'image d'un oiseau, comme cela arrivait souvent dans l'Antiquité au Proche-Orient avec les dieux du ciel, dont l'oiseau sacré était d'ordinaire l'aigle ou le faucon. L'application des deux titres au nouveau maître du sanctuaire, à Yahvé, montre qu'Il prend désormais la place de l'ancienne divinité comme le vrai Dieu venant remplacer le seigneur païen des cieux. Pourtant, au-delà de l'histoire comme telle, ces titres renvoient aussi à une authentique expérience spirituelle.
Abri, ailes, ombre: tous ces termes servent à décrire l'expérience de ce que nous appelons d'ordinaire la protection de Dieu, si toutefois l'on ne comprend pas cette expression de manière purement figurée ou allégorique. Le sentiment de la Présence rappelle parfois réellement un abri qui couvre la tête et un souffle léger comme venu d'ailes invisibles. Une telle expérience témoigne de la proximité de Dieu: alors l'homme peut vraiment sentir que Dieu le porte comme sur ses bras, si bien qu'il n'a absolument rien à craindre. Cette expérience peut être tenue pour pleinement universelle, mais, comme toute expérience, elle est généralement transmise et décrite dans la langue de son époque, parfois inhabituelle pour nous, mais tout à fait adéquate du point de vue de ceux qui l'utilisaient.
