RÉFLEXIONS pour Ps 143
Le psaume 143 est un exemple typique du genre du «chant nouveau», ou «chant de renouvellement». C'était un genre particulier, prophétique: les prophètes étaient d'ordinaire aussi poètes et chanteurs, et même improvisateurs, capables de prononcer une prédication poétique ou un hymne nouveau composé sur-le-champ, directement dans la cour du Temple pendant une grande fête. Leurs interventions inspirées étaient reçues par les auditeurs comme révélées par Dieu, confirmant le statut de leurs auteurs comme prophètes, hommes de Dieu. Il n'était pas toujours facile de distinguer une simple inspiration d'une véritable révélation: les extatiques prophétisants furent toujours plus nombreux en Israël, puis en Juda, que les vrais prophètes. Le vrai prophète se distinguait avant tout par une vision particulière de la réalité, par sa perception de celle-ci comme monde de Dieu et Royaume de Dieu.
Ainsi en est-il ici: l'auteur du psaume comprend parfaitement ce qu'est l'homme non seulement devant Dieu, mais même devant l'univers: il n'est qu'un grain de sable, et devant Dieu, à peine un souffle léger. Il ne s'agit pas seulement du fait que l'homme déchu est mortel et que sa durée, à l'échelle de l'univers, est très courte, mais du fait qu'après la chute il a cessé d'avoir un rapport direct et immédiat avec la réalité de Dieu, avec la réalité du monde créé par Dieu et avec la réalité de la présence de Dieu dans le monde créé par Lui. Or seul Dieu est pleinement et véritablement réel, et tout le reste reçoit son être et devient réel comme conséquence de l'action de sa volonté.
Après la chute, l'homme est sorti de la sphère d'action de la volonté de Dieu; c'est là, au fond, le sens spirituel de la chute. Désormais l'homme ne peut participer à la vraie réalité que s'il revient de nouveau dans le domaine d'action de la volonté de Dieu et de sa providence. Lorsqu'il arrive à l'homme quelque chose de semblable, il le vit d'ordinaire comme une sorte d'expérience eschatologique, au cours de laquelle le monde disparaît pour lui, et l'homme reste seul avec Dieu, qui «incline les cieux et descend», s'approche de l'homme et lui ouvre la réalité de son monde, le monde de Dieu.
C'est alors que se renouvellent pour l'homme le monde qui l'entoure et sa propre vie. Alors il n'y aura plus dans sa vie de place pour rien d'accidentel ni pour rien qui arrive contre la volonté de Dieu, alors que, dans le monde déchu, il y a justement beaucoup de choses que Dieu ne veut pas, mais qu'Il permet, auxquelles Il laisse être, respectant le choix de l'homme déchu. Le «chant nouveau», le «chant de renouvellement», est le témoignage de cette nouvelle réalité ouverte à l'homme, de la réalité du Royaume que Dieu lui a donné de voir, même si le temps de l'entrée active du Royaume dans le monde n'est pas encore venu.
