RÉFLEXIONS pour 1Jn 2:18-21
Les paroles de Jean selon lesquelles quiconque a quitté l'Église est un antichrist (v. 18-19) paraissent à beaucoup un cliché de propagande, une tentative d'effrayer ses coreligionnaires, de susciter en eux une horreur métaphysique devant la perdition éternelle. Si le christianisme était simplement une religion nouvelle de plus, c'est peut-être bien ainsi qu'il faudrait les comprendre. Mais justement, le christianisme n'est pas une nouvelle religion, il est une vie nouvelle. Pour Jean, comme pour toute la génération des premiers chrétiens, l'Église n'est pas une communauté religieuse, mais le lieu où les fidèles se rassemblent pour une rencontre tout à fait réelle avec le Christ ressuscité, qui bénit Lui aussi tout à fait réellement le pain rompu dans cette assemblée et la coupe.
C'est pourquoi, pour Jean, l'antichrist n'est pas une figure mystique apparaissant sur la scène de l'histoire à la fin des temps dans le décor approprié, mais quiconque s'oppose au Christ et à son Église. Il ne s'agit pas ici de haine envers ces personnes ni de condamnation de leur position, mais d'un simple constat de fait. À première vue, le jugement de l'apôtre peut paraître trop dur: après tout, il reste encore du temps avant le retour du Sauveur, si bien que ceux qui sont partis peuvent encore avoir le temps de revenir. Mais Jean ne parle pas par hasard des «derniers temps» comme de quelque chose qui est déjà arrivé.
De tels propos provoquent d'ordinaire chez le lecteur moderne un sourire sceptique. Cela se comprend: l'histoire chrétienne a connu trop d'agitateurs annonçant le prochain retour du Christ, qui, au dernier moment, pour une raison mystérieuse, se trouvait toujours reporté ou même annulé. Mais l'apôtre, lui, ne vise pas l'avenir, fût-il le plus proche; il vise le présent. C'est nous qui vivons à l'époque du Royaume qui vient. De même que Jean lui-même et ses contemporains vivaient à cette époque.
De même que tous, partout, ont vécu à cette même époque depuis le jour de la Pentecôte, et que tous y vivront jusqu'au jour du retour du Christ dans la gloire, qui viendra, bien sûr, non pas quand le proclament les «prophètes» autoproclamés. La venue du Royaume est une réalité objective, totalement indépendante de l'opinion des hommes et de leur attitude envers elle. Et elle touche chacun, indépendamment de l'âge, du sexe, de la race, de la langue ou de la religion. Et même indépendamment du fait qu'une personne sache ou non quelque chose du Christ. Mais ceux qui savent et ont accueilli portent une responsabilité particulière.
Nous ne savons pas quel rapport entretiennent avec le Royaume et sa vie ceux qui ne soupçonnent pas le Royaume. De même que nous ne savons pas quelles relations le Christ entretient avec ceux qui n'ont pas entendu parler de Lui par les hommes. Ou qui ont entendu et vu des choses qu'il aurait mieux valu ne pas entendre ni voir. Mais si une personne a connu le Christ et le Royaume et, les connaissant, s'en est allée, cela signifie qu'elle a rompu avec le Christ et avec le Royaume; c'est une donnée aussi objective que la présence même du Royaume dans le monde. Bien sûr, le chemin du retour n'est fermé à personne, du moins jusqu'au retour du Sauveur dans la gloire. Mais ce chemin, ceux qui sont partis doivent le parcourir. Pour être fidèles au Christ, et non ses adversaires.
