RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Nb 36:1-13

La conservation de la part héréditaire reçoit, dans la Torah, une grande importance. Pour cela, il est même possible que l'héritage passe principalement par la ligne féminine, et le passage de la terre familiale d'un clan à un autre est interdit. Il y avait là, sans aucun doute, des raisons historiques. En effet: toute la terre, à l'époque patriarcale et clanique, était communautaire; elle était répartie entre les tribus et les grands clans, puis, plus tard, entre les petites familles qui se détachaient peu à peu du clan. Il importait de conserver cette terre comme propriété de la tribu, du clan, de la famille, empêchant ainsi une stratification excessive des biens. Dès lors, il n'était plus essentiel de savoir par quelle ligne passait l'héritage.

Il y avait cependant un autre aspect de ce problème, non plus clanique, mais individuel, personnel. Au nom, et plus encore au nom de famille, était alors lié beaucoup de choses. En voyant avec quel soin, et même quelle jalousie, on protégeait alors l'honneur de son clan, de son nom familial, on pourrait penser que la vie clanique éclipsait entièrement, pour les hommes de ces temps, leur propre vie individuelle et personnelle. En réalité, il n'en était pas ainsi. Le nom familial était pour l'homme d'abord un moyen d'auto-identification, précisément personnelle et profondément individuelle.

Par le nom familial, l'homme concentrait en lui, pour ainsi dire, tout ce que porte en lui et ce qu'a porté pendant des siècles, voire des millénaires avant lui, son clan, sa famille. Bien sûr, il pouvait y avoir là non seulement beaucoup de bien, mais aussi beaucoup de mal, car il s'agit du monde déchu. Appliqué à l'Antiquité, on pouvait même parler ici de quelque chose de magique, ou presque magique, de ce lien qui a engendré chez tous les peuples, sous une forme ou sous une autre, le culte ou au moins la vénération des ancêtres.

Pourtant Dieu aussi connaît l'homme par son nom; pour Lui, le nom familial n'est pas un son vide, mais la manifestation du lien entre ceux qui le portent. Ici, bien sûr, il n'y a place pour aucune magie ni aucun automatisme: Dieu n'agit jamais ainsi. Il ne veut pourtant pas qu'un seul clan disparaisse de son peuple, ni qu'un seul nom familial soit oublié et perdu. C'est pourquoi les lois de conservation du clan, du nom familial et de la terre familiale, que Lui-même répartissait entre les tribus en donnant à chacune son lot, sont importantes pour Lui.