RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Nb 27:1-23

L’histoire des filles de Tselofhad peut paraître un exemple typique du triomphe du clan sur l’individu, sur la personne. En effet, le sens principal de cette histoire, du moins à première vue, consiste précisément en ceci : le clan doit se conserver quoi qu’il arrive, quelles que soient les péripéties ; et s’il ne reste plus dans le clan d’hommes capables d’hériter du nom et du lot familial, il faut donc le conserver par la lignée féminine, même si cette conservation paraît quelque peu artificielle. Une certaine part de vérité existe dans cette manière de voir : en ces temps-là, le peuple juif était une union tribale, et la tribu se composait de grands clans patriarcaux, si bien que la disparition d’un clan affaiblissait à tous égards la tribu à laquelle ce clan disparu appartenait. Il y avait pourtant encore autre chose.

Dieu crée Son peuple précisément comme un peuple, comme un tout unique, non seulement ethnique, mais aussi spirituel. Il crée un peuple-communauté où chacun est important, et non une collectivité où personne n’est irremplaçable. L’homme n’est pas seulement une fonction, mais le clan n’est pas non plus seulement une unité structurelle. Ce n’est pas par hasard que le récit parle de conserver le nom. Il s’agit ici, bien sûr, du nom du clan, qui s’identifie au clan lui-même, à son identité au sein de la tribu, et donc au sein du peuple.

En même temps, pour Dieu, chaque clan est unique tout comme chaque homme, et pour Lui l’unicité, qu’il s’agisse d’une personne particulière ou d’un clan entier, est elle aussi liée au nom, respectivement personnel ou familial. Pour Dieu, bien entendu, le nom n’a pas une importance déterminante : Il connaît simplement chacun séparément et tous ensemble directement, dans toute la plénitude et la profondeur de leur existence. Et pourtant Dieu trouve même pour Lui-même un nom et le révèle aux hommes : Il sait ce que signifie le nom pour nous, les hommes, combien il est lié pour nous à la personne qui le porte.

Bien sûr, le nom est un nom ; il ne contient rien de magique ni de surnaturel en lui-même. Mais au nom est liée l’intention que nous adressons aux autres ou que les autres nous adressent. L’intention prend la forme du nom auquel s’associe celui qui le porte, et cela facilite la rencontre, le contact, la compréhension mutuelle. C’est cette unicité de chaque personne, de chaque communauté devant Dieu et devant les hommes qui oblige à conserver le nom du clan dans la tribu et dans le peuple, afin que le peuple ne s’appauvrisse pas spirituellement.