RÉFLEXIONS pour Nb 22:1-41
L'histoire de Balaam est instructive, et en même temps elle soulève beaucoup de questions. On comprend comment et pourquoi elle est entrée dans la Bible: il y a là un témoignage «venu de l'extérieur» si éclatant qu'il aurait été impossible et déraisonnable de l'ignorer. En effet, un homme à qui l'on demande de maudire le peuple de Dieu finit par le bénir! Il y a de quoi réfléchir pour chacun, qu'il soit yahviste ou païen. Ce qui est particulièrement remarquable ici, c'est qu'il ne s'agit pas d'un yahviste, mais d'un prophète païen qui, très vraisemblablement, n'avait même jamais entendu parler de Yahvé auparavant. Comment a-t-il pu arriver que Dieu dise quelque chose à ce prophète païen, qu'Il lui révèle quelque chose? Comment, surtout, a-t-il su L'entendre?
Pour nous aujourd'hui, intérieurement limités par les cadres des religions, confessions et dénominations auxquelles nous sommes habitués, cela peut paraître étrange. Nous nous sommes en quelque sorte résignés intérieurement à l'idée que chacun a sa foi et que chacun reçoit, comme nous le disons d'ordinaire, selon sa foi. Au fond, il en est ainsi, sauf que la foi n'est pas si simple. Pour nous aujourd'hui, la foi se réduit souvent à des symboles, à des professions, à une vision du monde, à une dogmatique, bref à quelque chose qui relève encore de la confession. Pourtant l'expérience, la véritable expérience spirituelle, n'est pas confessionnelle. Dieu est Dieu; Il n'appartient à aucune religion, à aucune confession, à aucune dénomination.
Il parle comme Il parle, et Il parle à qui Il juge nécessaire. Dieu savait-Il que Balaam n'avait pas vraiment entendu parler de Lui? Question étrange: bien sûr qu'Il le savait. Mais la connaissance de Dieu ne se réduit jamais à la forme. Que pouvait bien savoir Balaam? Que signifie être prophète, fût-ce un prophète païen, prophète, par exemple, de Shamash ou d'Adad, comme il y en avait tant en Mésopotamie? Connaître ces dieux? Les entendre? Qui donc se tenait derrière eux, si Balaam entendait réellement leurs voix? À ces questions, il n'y a toujours pas de réponse.
Une chose est claire: pour entendre ne serait-ce que quelque chose, il faut savoir écouter. Savoir entendre. Prendre au moins minimalement conscience de l'expérience que l'on a. Sinon on ne devient pas prophète, même païen. Si un homme sait entendre les nombreuses voix qui résonnent dans la création, il saura d'autant plus entendre la voix de Dieu, à condition, bien sûr, qu'il le veuille et qu'il demeure spirituellement honnête envers lui-même. Balaam avait assez de sensibilité spirituelle et d'honnêteté spirituelle pour entendre la voix d'un Dieu qu'il ne connaissait pas; cela signifie qu'il était un vrai prophète.
