RÉFLEXIONS pour Lc 10:19-21
À première vue, l'appel du Sauveur à se réjouir non pas du triomphe sur les esprits des ténèbres, mais de la participation à la vie du Royaume (Jésus dit dans ce cas que les noms de ceux qui y participent sont «inscrits dans les cieux»), semble un peu étrange. En effet, l'un est inséparable de l'autre: les forces des ténèbres fuient devant ceux qui participent à la vie du Royaume non pas parce que les habitants du Royaume leur feraient peur par eux-mêmes, mais parce que la vie à laquelle ils participent devient, pour les esprits des ténèbres, une force qui les tue. Mais, à y regarder de plus près, il n'est pas difficile de remarquer que Jésus a avant tout en vue les priorités qui déterminent toute l'organisation de la vie spirituelle. D'abord le Royaume, et ensuite seulement tout le reste, même les succès dans cette guerre spirituelle qui attend, dans notre monde en voie de transfiguration mais pas encore transfiguré, quiconque participe au Royaume.
Et c'est peut-être justement le plus difficile: ne se réjouir de rien en soi. Il n'est peut-être pas si difficile de ne pas se laisser séduire par ce que l'on considère soi-même comme vanité, sottises ou, à plus forte raison, péché; il est beaucoup plus difficile de demeurer paisiblement indifférent à l'idée de quelque chose qui témoigne clairement de progrès sur le chemin du Royaume. Or le regard spirituel, lui, doit être tourné vers le Royaume lui-même et vers Celui qui l'a apporté au monde, et vers rien d'autre. Ce n'est pas sans raison que le Sauveur dit lui-même qu'un tel regard est davantage propre aux enfants, qui n'ont pas encore perdu la capacité de se passionner pour ce qui les intéresse vraiment, avec oubli de soi, jusqu'à ignorer complètement tout ce qui les entoure. Peut-être que si nous pouvions nous passionner ainsi, avec le même oubli de nous-mêmes, pour le Royaume, notre chemin vers lui serait sinon plus simple, du moins plus court.
