RÉFLEXIONS pour Lc 12:13-21
Dans l'Évangile, il y a beaucoup de paraboles racontées par le Sauveur sur les riches, sur la richesse, sur sa signification dans la vie et sur la vie elle-même. Parfois, comme dans le cas présent, les paraboles étaient liées à une situation concrète: on demande à Jésus de régler, comme on dirait aujourd'hui, un litige d'héritage, et Il refuse en déclarant que de tels litiges ne relèvent pas de Lui. La parabole devient alors l'illustration de Ses paroles, l'explication de Son refus de s'occuper du partage du bien d'autrui. Pourtant la demande adressée à Jésus témoignait précisément de Son autorité aux yeux de ceux qui s'adressaient à Lui, de la reconnaissance du fait que Lui, Jésus, saurait procéder au partage de l'héritage justement et conformément à la Torah. Chez les Juifs de l'Antiquité (et par la suite aussi), on allait souvent, pour des questions que les païens règlent d'ordinaire devant les tribunaux, vers les maîtres de la Torah et les rabbins savants, qui les tranchaient, y compris les problèmes liés au droit familial, successoral et patrimonial. En principe, n'importe qui pouvait être juge s'il connaissait la Torah, pouvait prendre une décision conforme à la Torah et si les parties en conflit lui faisaient confiance. Ce genre d'arbitrage était largement répandu dans la société juive à toutes les époques.
Voilà donc que l'on demande à Jésus de devenir un tel juge dans une affaire d'héritage, et Il refuse. Puis, ayant refusé, Il raconte cette même parabole de celui que nous appelons d'ordinaire le riche insensé. On peut avoir l'impression que, par cette parabole, Jésus veut seulement nous dire qu'il vaut mieux être pauvre que riche, car il est alors plus simple d'entrer dans le Royaume. En réalité, tout est un peu plus complexe. La pauvreté aussi, les hommes la vivent de manières différentes.
Le message principal est ailleurs: la vraie vie authentique de l'homme ne dépend pas de ses biens. La vie de l'homme, non seulement la vie spirituelle, mais la vie tout court, n'est pas déterminée par ce qu'il possède ni par la quantité qu'il possède, mais par qui il est et ce qu'il est. On peut être pauvre ou riche; la question principale est de savoir à quoi l'homme lie sa propre personne, son «moi», où se trouve, pour parler le langage de l'Évangile, son trésor. Car là où est son trésor, là aussi est son cœur. Là est sa vraie vie.
Si elle se trouve liée à ce que l'homme peut facilement perdre, ne serait-ce qu'en mourant, alors sa vie prendra fin au moment où il se séparera de ce qu'il ne peut ni prendre ni emporter avec lui. Alors, au moment de quitter la vie terrestre, la seule réalité absolue pour l'homme sera la séparation, la perte, la mort. Quant à la vie, cette vie du Royaume dont il aurait pu vivre en plénitude, l'homme ne la connaîtra pas. Ici, pourtant, c'est son propre choix. À chacun le sien.
