RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Lc 14:25-35

Jésus avertit clairement chacun de ce que coûte le chemin vers le Royaume. Et il conseille: avant de vous décider à me suivre, pesez tout calmement et sobrement. Voulez-vous ce que je peux vous donner? Êtes-vous prêts à suivre le chemin qu'il faudra suivre? Il n'y a ici, bien entendu, aucun désir d'effrayer ou de détourner du chemin vers le Royaume. Mais il y a la compréhension qu'une fois entré sur ce chemin, s'en détourner ensuite sera, si cela reste possible, accompagné de pertes spirituelles sérieuses, et peut-être pas seulement spirituelles.

Ce n'est pas par hasard que le Sauveur compare la situation de celui qui s'apprête à s'engager sur le chemin chrétien à celle d'un homme qui se prépare à construire une tour de garde dans son champ, ou à celle du dirigeant d'un pays qui s'apprête à faire la guerre à son voisin: dans les deux cas, il vaut mieux tout réfléchir avant de commencer, car en cas d'échec on peut se retrouver dans une situation bien pire que celle qui aurait existé si l'un comme l'autre avait renoncé à son projet. Le prix du chemin, selon Jésus, est le renoncement à tout ce que peut donner ce monde non transfiguré et plongé dans le mal.

Ce n'est pas par hasard que le Sauveur recourt à l'image de la croix: à l'époque évangélique elle était bien compréhensible à chacun en Judée, car tous les habitants du pays gardaient encore vive la mémoire du soulèvement qui avait eu lieu auparavant, pendant les années d'indépendance, lorsque fut réprimée la révolte organisée par la fraternité pharisienne contre Alexandre Jannée, dirigeant qui menait, selon les insurgés, une politique totalement contraire à la Torah. Alors les participants à la révolte écrasée par les autorités furent crucifiés: une exécution non seulement douloureuse, mais aussi humiliante pour tout Juif.

Jésus avertit directement tous ceux qui veulent le suivre: il faut être prêt à tout, comme furent prêts à tout pour leur foi les participants de cette révolte, que même la croix n'effraya pas. Et il ne s'agit pas ici du fait que le Royaume que Jésus a apporté dans le monde devrait être établi par la force, comme voulaient l'établir par la force les participants à la révolte sous Alexandre Jannée.

Il s'agit du fait que, selon la parole même du Sauveur, il «n'est pas de ce monde». C'est pourquoi «ce monde» lui sera toujours hostile, non pas par nature, car celle-ci peut être transfigurée et finira par l'être, mais à cause du mal qui est entré dans le monde après la chute. C'est précisément ce conflit avec les forces du mal agissant dans le monde qui rend la croix inévitable pour chaque chrétien, sous une forme ou sous une autre. Mais, manifestement, il n'y a pas d'autre route vers le Royaume. Et chacun, bien sûr, décide lui-même s'il la prend ou non.