RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Nb 6:1-27

La loi sur le naziréat peut paraître assez étrange. Quel était le but du nazir, pourquoi fallait-il l'abstinence mentionnée de toutes les boissons fortes? Qu'était-ce donc: un mouvement de sobriété? Ou une fraternité d'ascètes? Mais alors pourquoi s'agit-il précisément de s'abstenir de boissons fortes, et non de viande ni de vie conjugale, puisque l'immense majorité des pratiques ascétiques de l'Antiquité supposaient l'un et l'autre? S'il y a ici ascèse, elle est très particulière. De plus, il ne s'agit pas d'un vœu permanent, pour toute la vie, mais d'un vœu temporaire; on ignore s'il était possible de faire le vœu de naziréat pour toute la vie. Et pourtant le naziréat était une sorte de pratique ascétique, mais non au sens habituel du mot.

Ce n'est pas par hasard que l'abstinence de boissons fortes passe ici au premier plan. D'ailleurs, dans l'Israël ancien existait tout un mouvement dont les membres ne consommaient ni vin ni autres boissons liées à la fermentation: ce sont les Rékabites, littéralement «ceux qui vivent dans les rues». Dans les rues parce qu'ils ne reconnaissaient par principe non seulement ni le vin ni les autres boissons fortes, mais pas même la vie sédentaire en général: même dans les villes, ils dressaient ostensiblement leurs tentes et y vivaient, convaincus qu'autrement, dans une maison urbaine, on ne pouvait pas rester un véritable yahviste.

Ils rejetaient le vin pour la même raison que les habitations urbaines: l'un comme les autres étaient incompatibles avec la vie du nomade, et pour les Rékabites seul le nomade était yahviste. Le vin, naturellement, est une grande rareté pour un nomade, car avec un mode de vie nomade il ne peut être question de posséder ses propres vignes. Il se passe à peu près la même chose, mais à une moindre échelle, dans le cas du naziréat: l'abstinence de vin et d'autres boissons fortes devait avant tout rappeler à l'homme le désert, l'Exode, le chemin que le peuple avait dû parcourir du Sinaï jusqu'à la terre promise.

Ici, bien sûr, il ne suffisait pas de s'abstenir de vin; il fallait se souvenir de beaucoup de choses, les revivre, retourner par la pensée aux origines, là où tout avait commencé, où la Torah avait été donnée, où Dieu s'était pour la première fois révélé à Moïse. De telles expériences pouvaient renouveler spirituellement l'homme et le pousser à se recueillir intérieurement, à regarder de nouveau sa relation avec Dieu et sa vie en général. Bien entendu, il ne pouvait y avoir aucune garantie, mais la possibilité d'un tel renouvellement était offerte à chacun. Le reste dépendait de l'homme lui-même.