RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Nb 5:1-31

L'épreuve de fidélité de l'épouse prescrite par le Livre des Nombres, lorsque son mari doute de sa fidélité, rappelle des temps très anciens, bien plus anciens que l'époque de Moïse et de l'Exode. C'est là une profonde antiquité, pré-yahviste, prébiblique. Pourquoi, semble-t-il, conserver de telles coutumes anciennes, et encore les fixer comme loi? La réponse la plus simple est que la Torah conserve souvent d'anciennes normes du droit coutumier, comme une concession à ceux qui ne conçoivent pas autrement les relations entre les hommes. Bien entendu, avec des limites, comme par exemple la Torah limite le droit de l'homme à se venger d'une offense ou d'un dommage subi, en exigeant du vengeur une proportion dans le dommage qu'il inflige à l'offenseur.

Il en va de même pour la jalousie: dans les sociétés anciennes, l'adultère était traité avec une extrême dureté; la peine habituelle était la mort, et elle venait en règle générale de la main du mari trompé. Ici, dans le Livre des Nombres, on propose une sorte de procédure d'épreuve de la fidélité conjugale, par consentement mutuel des deux. Justement mutuel: il était possible de refuser, mais alors tous les soupçons du mari demeuraient, et Dieu seul sait ce à quoi ils auraient fini par mener. Une telle vérification était en tout cas le moindre de deux maux, si la femme la traversait heureusement.

Bien sûr, il n'y avait rien de bon dans de telles vérifications: c'était précisément une concession à la péché de l'homme, dont la jalousie est l'une des manifestations, surtout la jalousie sans cause. Il y avait aussi autre chose: le désir de réconcilier des époux dont le mariage était déjà près de se briser. L'épreuve était assez sérieuse, la procédure qui attendait la femme soupçonnée d'infidélité était loin d'être agréable, et si tout s'achevait bien, le mari, s'il lui restait ne fût-ce qu'une goutte d'amour pour sa femme, devait inévitablement développer une sorte d'immunité aussi bien contre de telles vérifications que contre la jalousie.

Bien entendu, cette immunité ne pouvait pas être particulièrement solide: car il ne s'agissait pas ici de prendre conscience de sa propre jalousie comme d'un problème spirituel, mais plutôt d'une sorte de secousse psychologique, qui pouvait et devait rester en mémoire; mais cela valait tout de même mieux que rien. La racine du problème demeurait, mais au moins pouvait-on en adoucir les conséquences. Le travail spirituel, lui, supposait tout autre chose, mais c'est déjà une autre histoire.