RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour 2Co 11:3-4

Pour Paul, le christianisme est avant tout un témoignage, si l'on parle déjà de paroles, et lorsque les paroles sont utilisées pour rien, dans une dispute pour la dispute elle-même ou pour s'affirmer, alors, pour l'apôtre, de telles disputes équivalent à un faux témoignage.

Les destinataires de sa lettre à Corinthe ne voyaient manifestement pas la situation de manière aussi nette. Il leur semblait que le christianisme, ce n'était pas seulement le Christ et le Royaume, mais encore quelque chose d'autre, que ce soit une théologie nouvelle, une morale nouvelle, ou encore quelque autre nouveauté dont on pouvait discuter et débattre. Et les discussions étaient menées avec le plus grand sérieux, parfois avec beaucoup d'ardeur, car on supposait que des questions fondamentales de la vie spirituelle s'y décidaient, questions sans réponse auxquelles le christianisme était impensable. En réalité, on se disputait sur des choses secondaires, et au cours de la dispute on oubliait peu à peu son objet, en cherchant de plus en plus à s'affirmer soi-même et à imposer son point de vue.

L'apôtre, lui, essaie de ramener les disputeurs à la réalité. En effet, l'un d'eux, en accueillant le Christ et en faisant l'expérience de la présence du souffle du Royaume dans sa vie, avait-il besoin de quelque chose d'autre? Leur fallait-il alors encore des doctrines, une théologie, en général quelque chose en dehors du Christ et du Royaume? Et si ce n'est pas le cas, pourquoi tout cela est-il devenu pour eux à ce point «actuel» qu'au nom de disputes sur des choses secondaires par essence ils oublient l'essentiel? Ou bien ont-ils entendu une autre Bonne Nouvelle, nouvelle, en dehors de celle qu'ils avaient entendue de Paul et des autres apôtres?

Le problème, dit Paul, n'est pas qu'il ne sache pas discuter, ni qu'il ne pourrait pas prendre part aux controverses et aux débats devenus si populaires dans l'Église de Corinthe. Mais agir ainsi signifierait reconnaître l'importance et la valeur de ce qui n'est pas du tout important et n'a pas grande valeur. Cela signifierait reconnaître comme apôtres ceux qui prétendent à l'apostolat sans être apôtres en réalité, mais en essayant de se faire passer pour des serviteurs de Dieu, alors qu'ils ne sont que des amateurs de débats sur des sujets sans rapport direct avec la vie spirituelle. Se mettre à discuter avec de tels disputeurs à leur niveau signifierait attester devant eux-mêmes et devant tous ceux qui les entourent que leurs disputes méritent l'attention et sont importantes pour la vie spirituelle, et leur reconnaître à eux-mêmes un ministère égal à celui des apôtres, ministère dont ils n'ont aucune idée. Bien entendu, Paul ne pouvait pas accepter cela et n'avait pas l'intention d'entrer en dispute avec les amateurs de dispute.