RÉFLEXIONS pour Nb 1:1-54 — le 19 novembre 2025

RÉFLEXIONS pour Nb 1:1-54

Le Livre des Nombres n’a pas reçu son nom par hasard: il y a vraiment beaucoup de nombres en lui. À vrai dire, ce nom lui a été donné par les traducteurs; en hébreu, il s’appelle, comme tous les livres du Pentateuque, d’après le premier mot du premier chapitre. L’impression est cependant rendue correctement, du moins la première impression: le livre est plein de nombres. Des plus divers. Comme un relevé statistique ou un livre de comptes. Pourquoi? Dans quel but?

Ceux qui se posent et posent aux autres de telles questions supposent dès le départ, en quelque sorte, que les chiffres sont une affaire sans spiritualité. Ou, en tout cas, certainement ennuyeuse. Dieu a tout sans mesure: pourquoi donc faudrait-il des chiffres? Certes, les sciences exactes n’existent pas sans chiffres, mais dans la relation avec Dieu, on n’en aura sûrement pas besoin; ce n’est pas des mathématiques. Chez Pythagore et ses disciples, par exemple, toute l’harmonie cosmique était liée au nombre, mais cela, c’est chez Pythagore. Et encore chez Platon, il est vrai, mais lui aussi est un païen, comme Pythagore.

Cependant, à y regarder de plus près, le nombre se révèle chose très spirituelle. Non parce que le nombre serait au fondement de l’harmonie du monde, même si la question reste ouverte. Il ne s’agit pas, en fin de compte, de l’harmonie du monde, mais de nous-mêmes. La peur du nombre dans notre vie est souvent liée à la peur du concret. De la précision. De l’univocité, là où elle est nécessaire. De cela même sans quoi il est difficile de parler sérieusement de la vie spirituelle. Car elle n’est pas un vol plané dans des rêves éveillés roses et bleus, mais une vie tout à fait réelle. Aussi dense, solide, palpable que notre vie ordinaire, seulement plus pleine et plus vaste. Plus accueillante. Elle contient tous les chiffres de ce monde, et tout ce qui se tient derrière eux aussi. À la différence d’un relevé statistique ou d’un livre de comptes, où les chiffres sont abstraits.

Ainsi, dans cette liste des hommes capables de porter les armes parmi les douze tribus juives, ils ne sont évidemment pas énumérés ici par hasard. C’est une armée, ou plutôt une milice tribale prête à aller conquérir la terre promise par Dieu. Pour nous, il n’y a là que des chiffres et des noms de tribus. Pour Dieu, ce sont des personnes concrètes, avec lesquelles Lui-même ira combattre là où Il les envoie. C’est alors que devient claire la principale différence entre les chiffres d’un livre de comptes ou d’un relevé statistique et ceux du Livre des Nombres: ceux-là sont chez les hommes, ceux-ci sont chez Dieu. Chez Dieu, qui réellement n’oublie personne.