RÉFLEXIONS pour Jn 1:1-17
Le poème évangélique sur le Verbe qui était au commencement est devenu plus d’une fois l’objet de toutes sortes de réflexions théologiques, souvent très abstraites. Pourtant, lui-même n’est nullement une abstraction théologique. Au contraire, comme aucun autre texte biblique, il témoigne de la concrétude de Dieu.
Bien sûr, la Bible est loin de représenter Dieu comme une force impersonnelle ou une énergie sans visage. Tout entière, elle nous parle de la volonté et de la providence de Celui qui a créé le monde. Mais le mystère de la personne de Dieu, le mystère de Sa vie intérieure, demeure un mystère. Comment est-Il? Comment Se connaît-Il, et que sait-Il de Lui-même?
Répondre exactement à ces questions est bien sûr impossible: il n’appartient pas à l’homme de pénétrer les mystères de la personne divine. Mais le poème sur le Verbe entrouvre pour nous ce mystère. Qu’est-ce qu’une parole? Pour nous, elle témoigne d’une pleine prise de conscience de la réalité: ce qui est nommé par la parole est pensé et compris, sinon jusqu’au bout, du moins jusqu’à la limite au-delà de laquelle nous ne sommes pas encore capables de pénétrer.
Pour Dieu, dans Son rapport au monde, la parole est un moyen, un instrument que Dieu utilise pour réaliser Ses plans et Ses desseins. Et qu’est-ce que Son Verbe pour Lui-même? Il existe aussi longtemps que Dieu Lui-même: cela signifie qu’Il est éternel, qu’Il est Lui-même Dieu. Il révèle quelque chose: quoi? À qui? Révèle-t-Il Dieu à Dieu?
Peut-être: car Dieu Se connaît, et dans Son éternité il ne peut y avoir d’abord celui qui connaît, puis celui qui est connu; ici tout est ensemble et tout est d’un coup. Dieu, qui Se connaît, demeure de toute éternité et pour toujours à la fois connaissant et connu. Et cette vie intérieure du Créateur, ce mystère de Sa connaissance de Soi par l’incarnation du Verbe, se trouve d’une manière mystérieuse liée à Son Royaume: le Verbe s’incarne dans la personne du Christ, et le Christ apporte au monde le Royaume lié à la plénitude du Verbe qui était au commencement.
La vie du Royaume et notre salut se trouvent ainsi liés à la profondeur même de la personne de Dieu, à cette profondeur où il n’y a et ne peut y avoir rien d’accidentel. Cela signifie que nous-mêmes, pour Dieu, ne sommes ni accidentels ni secondaires; nous Lui sommes absolument importants, comme Il est Lui-même absolument important pour Lui-même. C’est là notre joie et notre espérance.
