RÉFLEXIONS pour Lc 8:41-56
Il n'y a pas lieu de douter que guérison et résurrection ne soient rien d'autre que la manifestation de la force du Royaume et de son souffle. Mais comment cette force agit-elle sur l'homme de ce monde, qui vit encore de l'ancienne vie non transfigurée?
Voici une femme qui a pris le risque de toucher Jésus dans l'espoir d'être guérie. Elle a bien pris un risque: sa maladie la rendait rituellement impure, et elle risquait de souiller Celui qu'elle touchait si elle n'avait pas reçu de Lui la guérison. Or Il ne l'a même pas remarquée; Il a seulement senti que la force de ce Royaume qu'Il porte en Lui sortait de Lui, sortait parce qu'elle était nécessaire à quelqu'un qui n'osait pas s'adresser à Lui personnellement. Et voici la fille morte de Jaïre, que Jésus ressuscite en la prenant par la main. Ici aussi agit la force du Royaume. Mais extérieurement, du point de vue des relations du Sauveur avec ceux qu'Il guérit et ressuscite, la situation est directement opposée.
De la femme guérie, Il ne sait rien jusqu'au moment même où elle Le touche; et même alors, Il comprend ce qui se passe non parce qu'Il la distingue de la foule qui L'entoure et Le presse de tous côtés, mais parce qu'Il sent la force qui sort de Lui: la femme guérie par Lui a touché le Royaume, elle a été associée à sa vie, et le Sauveur l'a aussitôt senti. Mais la fille de Jaïre ressuscitée par Lui, lorsque Il s'est approché d'elle, ne voulait déjà plus rien: elle était morte. Et c'est Son contact qui l'a rendue à la vie. Dans l'un et l'autre cas, la relation entre le Sauveur et ceux qu'Il a aidés se révèle d'abord unilatérale: dans le premier cas, l'initiative appartient entièrement à la femme qui cherche la guérison; dans le second, à Jésus Lui-même.
Mais le miracle se produit lorsque la relation devient réciproque. Et ici, semble-t-il, il n'est déjà plus si important de savoir ce qui se passe extérieurement au moment où cette relation s'établit, ni comment ce processus se projette dans notre monde en cours de transfiguration mais pas encore transfiguré. D'ici, il peut nous sembler que le Sauveur ne remarque pas celui qu'Il guérit, ou au contraire que l'homme ressuscité par Lui ne sait rien de son Sauveur. Dans le Royaume, de toute façon, se produit ce qui doit se produire: ceux qui cherchent le salut trouvent le Sauveur, et Lui les trouve. Il ne peut en être autrement: car c'est seulement ainsi qu'on peut être associé à la vie du Royaume. Et c'est seulement ainsi que le Royaume peut entrer dans notre monde en cours de transfiguration mais pas encore transfiguré.
