RÉFLEXIONS pour Dn 10:1-9
Les visions apocalyptiques contiennent souvent des images difficiles à comprendre. Ici, voir ne suffit vraiment pas; pour comprendre et saisir ce qui a été vu, il faut souvent une révélation particulière (v. 1). Et, bien sûr, toute révélation de ce genre suppose le désir et la disposition de recevoir la réponse à la question posée à Dieu et de l'accueillir. Un signe de cette disposition est souvent un jeûne rigoureux, semblable à celui que Daniel observa avant la vision qu'il reçut (v. 2-5).
Il faut remarquer que, dans le yahvisme et le judaïsme comme dans le christianisme primitif, le jeûne a toujours été lié à des événements et à des dates de tristesse ou de deuil. Le héros du Livre de Daniel ne fait pas exception: comme le montrera la révélation qu'il reçoit, il pleurait son peuple, qui se trouvait alors dans une situation loin d'être favorable. Certes, il ne faut pas chercher ici une précision ou une fiabilité historique dans le récit de l'auteur du livre; en revanche, les allusions historiques y sont plus que suffisantes: son Daniel ne pleure évidemment pas ceux qui vivaient à l'époque des rois perses, mais ceux qui subissaient les persécutions sous Antiochos Épiphane.
Mais l'Empire perse, qui dans la mémoire historique des Juifs du IIe siècle av. J.-C. se confondait déjà avec la Babylonie qu'il avait conquise, était devenu à cette époque, comme Babylone elle-même, le symbole du pouvoir terrestre qui avait défié Dieu et s'était dressé contre le peuple de Dieu. Et le fait que Daniel reçoive sa révélation sur les rives du Tigre, au coeur même de l'empire ennemi de Dieu (v. 4), devait sans aucun doute évoquer pour les lecteurs du livre les révélations reçues par les prophètes et les visionnaires apocalyptiques au plus fort des persécutions syriennes. Quant à l'apparence du messager de Dieu apparu à Daniel, elle correspond pleinement à la tradition visionnaire apocalyptique: toute son apparence est mystérieuse et pleine d'une majesté effrayante, qui suscite chez le visionnaire une sainte crainte (v. 5-9). Bien sûr, une question légitime se pose alors: si tout relève seulement d'une tradition religieuse, cela signifie-t-il que les anges eux-mêmes ne sont rien d'autre que des symboles ou des allégories? Il n'est pas simple de répondre à cette question, d'abord parce que, dans les différents livres bibliques, le mot «ange» désigne des réalités différentes: parfois on appelle «ange» une théophanie, la présence visible de Dieu à l'homme, et parfois des êtres intelligents créés par Dieu, purement spirituels à la différence de l'homme.
Il n'est pourtant pas difficile de comprendre que, dans les deux cas, il ne s'agit pas d'un symbole, mais d'une réalité, même si elle est d'un ordre différent; quant à son apparence extérieure, à en juger par tout ce que nous savons des livres bibliques, elle peut réellement changer en s'adaptant aux capacités de la perception humaine. Tel que Dieu est en réalité, Lui seul le sait; à nous, Il se révèle de façon que nous puissions Le voir et L'entendre. Les anges ne sont pas Dieu, mais il semble que nous n'apprendrons pas, du moins en ce monde, ce qu'ils sont réellement, tels que Dieu les voit ou tels qu'ils se voient entre eux; à nous, comme Dieu, ils se révèlent de manière que nous puissions les voir et les entendre, et en même temps nous rappeler quelque chose qu'ils veulent nous remettre en mémoire par leur apparence. Alors même l'apparence extérieure du messager de Dieu devient une partie du message qu'il nous porte.
