RÉFLEXIONS pour Lc 11:34-41
Ce qu'est la vie spirituelle, le Sauveur l'explique à Ses auditeurs par l'exemple de la vue physique. Si les yeux de l'homme sont sains, dit-Il, alors tout son corps est rempli de lumière; sinon, au lieu de la lumière, l'homme est plongé dans les ténèbres. Mais il ne s'agit pas seulement ici de la vue physique, qui sert seulement d'exemple pour décrire les réalités de la vie spirituelle.
À l'époque évangélique, les représentations les plus répandues du Royaume avaient un caractère soit religieux et politique, soit mystique. Dans le premier cas, on regardait le Royaume comme une réalité strictement politique, comme un État terrestre ordinaire, se distinguant de tous les autres avant tout par le fait que son souverain serait le Messie et que ses lois correspondraient pleinement à la Torah. Bien sûr, on supposait aussi une mesure particulière de présence de Dieu dans le Temple et le renouvellement, avec la venue du Messie, de l'union-alliance; mais il s'agissait tout de même d'un État terrestre, qui serait créé comme se créent tous les États de ce monde.
À l'opposé direct de cette représentation du Royaume se trouvaient les représentations qui le voyaient comme un Royaume mystique, existant quelque part dans une autre dimension de l'être, voie que le Messie à venir ouvrirait à Ses élus. Et si les pharisiens et les zélotes voyaient dans le Royaume avant tout un État terrestre, les esséniens, par exemple, le considéraient comme une réalité mystique.
Jésus, pour Sa part, regarde manifestement les choses tout autrement. Le fait que le Royaume «n'est pas de ce monde» ne signifie nullement qu'il se trouve dans une autre dimension de l'être. Il est ici, tout près; seulement, tout le monde n'est pas capable de le voir. Pour le voir, il faut une vue spirituelle saine et pleine, dont l'homme déchu est privé dès l'origine. Si sa vue se purifie et se redresse, le Royaume deviendra pour lui une réalité aussi évidente et indubitable que l'est pour lui, dans son état actuel, le monde non transfiguré. Car le Sauveur a apporté le Royaume dans le monde non pour qu'il reste pour le monde quelque chose d'étranger et d'une autre nature, mais pour que sa puissance et son souffle transfigurent le monde, le renouvelant et en faisant une partie du Royaume. Ainsi, à la fin des temps, tout notre monde deviendra partie du Royaume, à l'exception du mal qui s'y trouve et qui est incompatible avec la vie du Royaume.
