RÉFLEXIONS pour Lc 8:26-39
Les textes sur les démons et les possédés sont toujours difficiles pour nous. Et il y a à cela bien des raisons. L'une d'elles est que, dans l'Ancien Testament, on voit clairement des représentations mythologiques, païennes, folkloriques, empruntées en partie à la «démonologie complexe» babylonienne, en partie au folklore perse, comme par exemple dans le livre deutérocanonique de Tobie (Dictionnaire de théologie biblique sous la direction de Xavier Léon-Dufour), autrement dit aux croyances des peuples voisins. Pour les combattre, on propose des actes magiques: si quelqu'un est tourmenté par un démon ou un esprit mauvais, il faut faire brûler devant cet homme ou cette femme le coeur et le foie d'un poisson, et il ne sera plus tourmenté (Tb 6:8). Et les hommes modernes ont l'impression qu'on les appelle à quelque chose de semblable, sinon à faire brûler, du moins à personnifier et à substantialiser d'une manière ou d'une autre. Vous vous souvenez: «les diacres brûlent de l'encens», Vl. Vyssotski.
Mais la Bible est l'histoire de l'ascension de l'esprit humain. Et voici ce que nous lisons dans les lettres de l'apôtre Paul. «Non, mais ce que les païens sacrifient, ils le sacrifient aux démons et non à Dieu. Or je ne veux pas que vous soyez en communion avec les démons. Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur et la coupe des démons; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons.» (1 Co 10:20-21). Ici la distinction est déjà nette: les païens servent les démons; voilà ce que sont les païens, voilà ce que sont les démons, ces mots donnent une définition des deux notions. Ceux-là mêmes dont le folklore a fait entrer dans la Bible de nombreuses représentations sur les démons. Et cela n'a rien d'étonnant.
Mais écoutons l'un de nos remarquables pères, le métropolite Benjamin (Fedchenkov). «Répondons maintenant à ceux qui ne croient pas à l'existence réelle des démons. Il nous est arrivé de rencontrer de telles personnes. Elles croyaient même au Christ. Mais lorsque je leur demandais si elles croyaient à l'Évangile, elles répondaient aussi par l'affirmative, tout en comprenant par esprits mauvais le mal moral, abstrait. En vain je leur indiquais les paroles de l'Évangile où il est dit que le Seigneur chassa sept démons de Marie Madeleine (Mc 16:9; Lc 8:2), et qu'il y avait une "légion" de démons dans le possédé (Mc 5:9, Lc 8:30). En vain je leur disais que tous les Évangiles sont pleins de miracles d'expulsion de démons, que le possédé de Gadara retrouva aussitôt la raison après l'expulsion des démons hors de lui, que le troupeau de porcs, sous leur action, se précipita du haut de l'escarpement dans le lac de Galilée. Ils ne voulaient pas croire! Mais c'est justement en raison de ce pouvoir des démons qu'a eu lieu la venue du Christ. Car "c'est pour cela que le Fils de Dieu est apparu: pour détruire les oeuvres du Diable", dit l'apôtre de l'amour (1 Jn 3:8). C'est là l'enseignement élémentaire du christianisme» (métr. Benjamin (Fedchenkov), «La prière du Seigneur»).
Qu'est-ce donc qui est difficile pour nous? Nous ne voulons pas expliquer nos sottises par les mots «le démon m'a égaré»; cela nous fait honte, nous sommes nous-mêmes coupables? Mais personne ne nous appelle à le faire. Comment, pourtant, considérer la femme qui a tué frère Roger, fondateur de la communauté de Taizé, homme saint et lumineux? Dire qu'elle est elle-même coupable est très, très effrayant. Cela signifie l'effacer de la face du Ciel, si l'on peut modifier ainsi l'expression «effacer de la face de la terre». Qui prendra sur soi une telle responsabilité? Il y a des meurtres froidement calculés par intérêt, pour des biens matériels; là, c'est clair, c'est autre chose. Mais que faire de cette malheureuse?
