RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Lv 13:29-59

Le lien entre la maladie, même grave, et la souillure ne se voit pas au premier abord. En effet, on peut imaginer un péché qui souille l’homme, mais une maladie ? L’homme n’est pourtant pas coupable de sa maladie. On pourrait dire, bien sûr, que toute maladie est une conséquence du péché, mais personne n’osera affirmer que précisément tel péché concret, commis par un homme, a engendré précisément telle maladie dont il souffre maintenant. Il existe, bien entendu, des cas où le lien est plus ou moins évident, mais ils sont beaucoup moins nombreux que ceux qui ne se prêtent à aucune interprétation univoque.

De plus, une question légitime se pose : pourquoi précisément la lèpre ? Il y a dans le monde bien d’autres maladies assez largement répandues (surtout à cette époque) qui tuaient aussi efficacement que la lèpre, et parfois bien plus vite. Pourtant, la réponse se trouve dans la compréhension de la souillure propre à l’époque préchrétienne, telle qu’elle se reflète aussi dans le Lévitique.

L’homme n’était pas souillé seulement par les conséquences du péché qu’il avait commis, même si elles le souillaient bien sûr en premier lieu. L’homme était souillé par tout ce qui, d’une manière ou d’une autre, était lié à la mort, au monde des ombres, au shéol. Car, à cette époque, la mort était toute-puissante. Dans le monde déchu, elle était absolue, tout s’achevait par elle, et la vie n’était qu’un épisode, lumineux, plein d’espérance, inspirant, mais seulement un épisode.

Même les voies qui pouvaient conduire l’homme au-delà de la mort et de son pouvoir ne changeaient pas ce tableau : car on ne pouvait échapper à la mort qu’en quittant aussi la vie, du moins cette vie que vivait ce monde. Ce n’est qu’après la venue du Christ que la situation a radicalement changé : désormais, la mort n’a sur nous que le pouvoir que nous lui permettons d’avoir. Auparavant, tout était différent, et des maladies comme la lèpre détachaient l’homme de la vie, et donc de Dieu, de la présence de Dieu, de la sainteté de Dieu. Car la mort est incompatible avec la vie de Dieu et avec la sainteté de Dieu.

Il est impossible d’être sanctifié en mourant. Aujourd’hui, en achevant notre chemin terrestre, nous demeurons dans l’espace de la sainteté de Dieu, dans le Royaume, si, bien sûr, nous avons pris part à sa vie. Mais avant la venue du Christ, la mort signifiait quitter le monde de Dieu. Or la lèpre n’était pas une vie, elle était une mort lente. Une vie dans l’agonie, qui se prolongeait parfois pendant des décennies. Une telle vie dans l’agonie ne pouvait pas être sanctifiée ; c’est pourquoi les lépreux étaient impurs. Et c’est précisément pour cela que l’Évangile parle tant des guérisons de lépreux par Jésus : afin que nous comprenions en quoi le Royaume diffère de ce monde.