RÉFLEXIONS pour Dn 1:1-21
En lisant le livre de Daniel, on remarque facilement qu’il se compose de deux parties : la première (chap. 1-6) comprend la description de la fermeté et de la fidélité à Dieu pendant les persécutions, tandis que la seconde (chap. 7-12) contient des visions apocalyptiques que l’auteur du livre attribue à Daniel, héros d’anciennes traditions juives, qui devient sous sa plume un confesseur de la foi.
On sait peu de choses aujourd’hui sur le Daniel des traditions juives ; quant au livre de Daniel, selon la majorité des biblistes, il fut écrit au milieu du IIe siècle av. J.-C., au temps des persécutions d’Antiochos Épiphane et des guerres maccabéennes. Le fait que l’auteur du livre ait placé son action à l’époque de l’exil à Babylone s’explique très bien. Il ne s’agit pas du fait qu’à Babylone les Juifs auraient subi des persécutions ou des poursuites : au contraire, les autorités locales cherchaient à ce que la communauté juive s’assimile le plus vite possible, et les persécutions n’auraient certainement pas servi ce but. Il s’agit du fait que l’assimilation comme l’anéantissement physique, dont la menace pesait sur le peuple pendant les persécutions d’Antiochos Épiphane, menaçaient pareillement le peuple de Dieu de disparition, ce qui, naturellement, n’entrait pas dans les desseins de Dieu.
Antiochos, bien sûr, n’avait l’intention de déporter personne nulle part. Il avait « seulement » installé des autels païens dans la cour du Temple de Jérusalem, exigeant des Juifs, sous peine de mort, qu’ils adorent les dieux païens et renoncent à observer certaines normes de la Torah parmi les plus importantes pour le judaïsme, telles que la circoncision et la cacherout (les prescriptions concernant les aliments rituellement purs et impurs). Le yahvisme se transformait ainsi en une variété de religion païenne qui admettait, à côté de l’Unique, le culte d’autres dieux inférieurs, tandis que le judaïsme était en fait purement interdit : car sans circoncision, sans cacherout et sans stricte observance du shabbat (les règles du repos sabbatique), elle aussi pratiquement interdite, il est impensable. Ce n’est pas un hasard si, dès le premier chapitre du livre de Daniel, son auteur attire l’attention sur le soin avec lequel ses héros observent la cacherout : ils sont prêts à renoncer à une nourriture savoureuse et abondante plutôt que de transgresser la Torah (v. 5-16).
La mention des légumes et de l’eau dans le livre n’est pas fortuite : de tout ce qui pouvait se trouver sur l’abondante table royale, seuls les légumes pouvaient être considérés comme casher sans aucune préparation particulière. Et Dieu n’a pas laissé sans soutien ceux qui étaient prêts à Lui rester fidèles à n’importe quel prix (v. 17).
