RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Lc 9:23-27

Les paroles du Sauveur sur la croix auraient pu, semble-t-il, ne pas être très compréhensibles pour Ses auditeurs: Sa mort sur la croix était encore à venir. Mais les Juifs des temps évangéliques savaient très bien ce qu’était la croix: environ un siècle avant les événements décrits par l’évangéliste, lorsque la Judée était encore indépendante, sous le règne d’Alexandre Jannée, une révolte lancée sous des slogans religieux et dirigée par des représentants du mouvement pharisien fut cruellement réprimée, et des centaines de ses participants furent crucifiés.

Une telle exécution était non seulement douloureuse et honteuse: la mort sur la croix souillait religieusement l’homme, et les autorités voulaient manifestement humilier les insurgés aussi de cette manière. C’est pourquoi les paroles de Jésus étaient compréhensibles pour chacun de Ses auditeurs, surtout pour les pharisiens, qui n’avaient certainement pas oublié leurs martyrs. Mais Jésus, de toute évidence, n’a pas du tout en vue des questions religieuses et politiques, bien que ceux qui étaient prêts à voir en Lui le Messie attendaient précisément de Lui un appel à la lutte, à l’insurrection contre les Romains, à la guerre sainte contre les païens qui occupaient la ville sainte.

Le Sauveur parle du Royaume qui «n’est pas de ce monde» et de cette vie nouvelle que vivent ses habitants. Et Il dit: celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais celui qui la donnera à cause de Moi la sauvera. Ces paroles paraissent paradoxales. Mais si l’on y réfléchit, si l’on regarde la vie terrestre du point de vue de la plénitude de la vie du Royaume, tout se remet en place.

En effet, ce qu’on appelle la vie dans le monde déchu, il faut tôt ou tard s’en séparer: car, au fond, ce n’est même pas la vie, mais seulement ses pauvres restes, qui s’écoulent comme l’eau dans le sable. Et même si un homme, en refusant le Royaume, reçoit en échange le monde entier, ce monde non transfiguré dans lequel le Sauveur est venu pour y introduire le Royaume qui le transfigure, la vie de celui qui a refusé ne deviendra pas plus pleine grâce à un tel pouvoir. Mais donner une partie pour recevoir en échange la plénitude, voilà une issue tout à fait raisonnable et tout à fait réelle. Car la vie du Royaume n’est pas une vie différente, se déroulant dans une autre dimension. C’est la même vie que la nôtre, mais conduite à la plénitude. À la plénitude possible dans le Royaume, mais impensable dans le monde non transfiguré.