RÉFLEXIONS pour Lc 8:1-15
Parmi les paraboles sur le Royaume racontées par le Sauveur, la parabole du semeur, la parabole de la parole que Dieu sème dans le cœur humain, occupe une place particulière. Le Royaume et la parole: comment sont-ils liés? Comment la parole qui entre dans le cœur humain est-elle liée au Verbe? Le Verbe avec une majuscule s’incarne dans le Christ. Et la parole de Dieu avec une minuscule? Comment entre-t-elle dans le cœur de l’homme? Quelle est-elle, cette parole? La parole par laquelle Dieu crée le monde. La parole que les prophètes entendent. La parole qui, comme le dit l’hymnographe, ne revient pas à Dieu sans avoir accompli sa mission. Il s’avère qu’elle est donnée à chacun. Elle est semée, comme des semences dans un champ, d’une main généreuse. Seulement, elle n’est pas toujours reçue comme une terre bien préparée reçoit les semences.
Cela se comprend: la parole n’est pas simplement une révélation donnée une fois pour toutes. C’est l’instrument de l’action de Dieu, que Dieu utilise pour transformer l’homme. Pour le préparer à la plénitude de la communion avec Dieu. À la vie dans le Royaume. Or l’homme ne le veut pas toujours. Pour des raisons très diverses. Parfois simplement parce qu’il n’a pas le temps. Si la parole de Dieu n’est pas l’essentiel pour l’homme, si Dieu se trouve pour lui quelque part au bord du chemin qu’il suit, la parole de Dieu ne deviendra jamais dans son cœur l’instrument de l’action divine. Mais même si elle le devient, ce n’est pas encore tout.
La vie spirituelle, en effet, n’est pas pour un jour, ni pour un mois, ni pour un an. Elle est pour toujours. Et si un homme a aujourd’hui du temps pour «la spiritualité», mais pas demain, alors sa «spiritualité» mérite vraiment les guillemets. Et bien sûr, il faut aussi la fermeté au temps des épreuves. L’homme qui désire une vie juste, une vie avec Dieu, a toujours été l’ennemi du mal dans lequel repose le monde déchu. Et le chrétien lui est doublement ennemi: car non seulement il n’accepte pas lui-même ce mal, mais il apporte encore dans le monde le Royaume qui détruit le mal sans pitié, sans lui laisser de place dans la création.
Il n’est pas étonnant que, si ce monde hait en général les justes, il haïsse doublement les justes chrétiens. Et pourtant, les persécutions en elles-mêmes ne sont pas aussi redoutables que ce refus quotidien et organique de la vie spirituelle qui caractérise le monde déchu. Les persécutions mobilisent spirituellement; leur absence relâche. Ce n’est qu’en surmontant l’une et l’autre que l’on peut commencer une vie spirituelle normale. Avec dans le cœur la parole qui reflète ce Verbe même qui s’est incarné dans le Christ. Et qui, si on la laisse transformer son cœur, le rendra capable d’accueillir la vie du Royaume dans toute la plénitude accessible à l’homme.
