RÉFLEXIONS pour Lc 6:1-10
D’après le témoignage de l’évangéliste, les gens qui entouraient Jésus, et en premier lieu les pharisiens, Lui reprochaient plus d’une fois Son attitude irrespectueuse envers le shabbat, qui se manifestait notamment par le fait qu’Il accomplissait, le jour du shabbat, quelque chose qui violait les interdits liés au repos sabbatique. Certains commentateurs interprètent même ces actes du Sauveur comme une violation consciente du shabbat, qu’Il aurait, selon eux, «aboli».
Pourtant Jésus Lui-même disait qu’Il était venu non pour détruire la Torah, mais pour la conduire à sa plénitude. Et cela vaut pleinement pour le shabbat: car l’observance du shabbat est une prescription du quatrième commandement du Décalogue. La seule question est de savoir ce qu’il faut considérer ici comme le sens, et ce qu’il faut considérer comme la forme.
Le sens initial du commandement du shabbat était lié, avant tout, à la nécessité d’une communion plus profonde avec Dieu, qu’on ne pouvait apprendre qu’en consacrant un temps particulier à cette communion, chaque septième jour selon la prescription de la Torah. L’interdiction de s’occuper, le jour du shabbat, des affaires ordinaires était liée avant tout à la nécessité de sortir de ce tourbillon des affaires quotidiennes qui d’ordinaire saisit l’homme tout entier; ce n’est pas un hasard si la tradition juive interdit pendant le shabbat non seulement de travailler, mais aussi de parler du travail, et même d’y penser.
Cependant, dès la période postexilique, le commandement du shabbat s’est chargé de nombreuses règles et prescriptions, liées surtout à des interdits rituels qui avaient, à bien des égards, un caractère extérieur et formel. Pour beaucoup, le jour du shabbat passait d’un jour consacré à la communion avec Dieu à une obligation religieuse assez sévère et sombre: il fallait déjà penser non à Dieu, mais à ne pas transgresser tel ou tel interdit, et encore veiller à ce que les autres autour de soi ne transgressent rien non plus. Jésus, Lui, rend au shabbat son sens initial de temps de communion avec Dieu.
Si quelqu’un a faim, il faut le nourrir; s’il est malade, il faut le guérir; et il n’y a là rien qui empêche la communion avec Dieu, ni ne peut y en avoir. En effet, il ne s’agit pas de ce travail quotidien, de cette occupation, de cette agitation qui saisit l’homme tout entier, mais d’une situation tout à fait concrète où se trouve une personne qui a besoin d’aide. Du point de vue des règles religieuses, le shabbat est violé; mais en vérité, non, car l’aide au prochain ne sépare pas de Dieu.
Mais il y avait aussi autre chose: le témoignage rendu au Royaume. Car Jésus ne soigne pas seulement, Il guérit. Celui qui est guéri retrouve la santé non grâce au travail de quelqu’un, mais parce que le Royaume est entré dans le monde et l’a touché. Or c’est précisément dans le Royaume que le shabbat trouve sa plénitude. En effet: où la communion avec Dieu pourrait-elle être plus pleine? Et c’est en elle que se trouve l’unique sens du shabbat. Dès lors, peu importe ce que fait l’homme, ce dont il s’occupe. Car aucune œuvre, pourvu qu’elle soit accomplie dans le Royaume, ne violera le shabbat.
