RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour Lm 3:34-66

La question la plus difficile et la plus tragique demeure, pour l’auteur du livre des Lamentations, celle de l’injustice envers ceux qui sont justes devant Dieu et devant les hommes. Quand il s’agit du peuple dans son ensemble, tout ce qui est arrivé à Jérusalem et à ses habitants paraît non seulement logique, mais aussi juste. En effet, pourquoi Dieu devrait-Il supporter indéfiniment les péchés de Son peuple sans rien entreprendre? Il en va autrement d’une personne concrète. On sait que les guerres et les répressions de masse ne font exception pour personne; dans de telles situations, les justes partagent habituellement le sort des pécheurs, et il leur arrive même souvent de souffrir davantage que les pécheurs: car celui qui est prêt à pécher s’adapte plus facilement aux situations où le péché triomphe, et triomphe ouvertement. Mais que faire alors des personnes prises individuellement? Bien sûr, quand il s’agit du destin et de l’état spirituel du peuple, on pourrait négliger l’individu: après tout, chaque personne fait partie de son peuple et doit partager son destin, en portant la responsabilité commune du péché commis collectivement. Mais il s’ensuivrait alors que la justice d’une personne particulière devant Dieu ne vaut rien (v. 34–36).

Or le peuple se compose d’individus, avec leur choix chaque fois profondément personnel, qu’ils font dans une situation concrète, en choisissant soit le chemin du péché, soit le chemin de la justice. Et si l’on punit tous les hommes pour les péchés de la majorité, une telle punition ne deviendra-t-elle pas une justification pour ceux qui choisissent le chemin du péché en invoquant la majorité et en suivant le principe bien connu: «un homme seul ne peut rien»? On pourrait certes accepter l’idée que tout, dans le monde, n’arrive pas selon la volonté de Dieu, mais l’auteur du livre rejette cette pensée (v. 37–38). Il ne lui reste alors qu’à réexaminer sans cesse sa propre vie afin d’essayer d’y voir ses péchés et de s’en repentir (v. 39–40).

Bien sûr, dans une situation où le péché devient la norme de la vie, presque chacun, à de rares exceptions près, trouvera dans sa vie quelque chose pour quoi il devra demander pardon à Dieu (v. 41–42). Mais une telle réponse n’est, au fond, qu’une demi-réponse: elle suppose tout de même que l’homme pécheur a tort devant Dieu, sinon sur un point, du moins sur un autre, justifiant ainsi les malheurs de masse qui deviennent des châtiments collectifs. Mais elle ne répond pas à la question des souffrances de celui qui est sans aucun doute juste devant Dieu et devant les hommes, au moins dans un cas concret. Il ne reste donc à l’auteur du livre qu’à constater le fait que, dans les situations où il avait raison devant Dieu et devant les hommes, Dieu demeurait avec lui même pendant les souffrances qu’il devait endurer (v. 49–58). Mais il faut tout de même considérer ce soutien comme incomplet et relatif, et l’auteur du livre comprend que seule une victoire totale sur ses ennemis abattus pourra finalement le satisfaire (v. 59–66).