RÉFLEXIONS pour Ph 3:7
Une vérité est bien connue : tout se connaît par comparaison. Il n'est pas étonnant qu'elle s'applique aussi à la vie chrétienne. Mais en quel sens ?
Bien sûr, chaque fois qu'un homme vit une conversion, et pas nécessairement à Dieu ou au Christ, mais à toute foi nouvelle pour lui, fût-elle philosophique, sa première réaction de nouveau converti devient une réévaluation de toutes les valeurs, souvent très radicale. Mais avec le temps, en règle générale, ce néophyte devient moins radical, et d'autant moins qu'il cesse davantage d'être néophyte (il en va parfois autrement, certes, mais il faut sans doute considérer cela comme une anomalie du développement spirituel).
Chez Paul, en revanche, tout est visiblement différent : sa réévaluation s'est révélée non seulement radicale, mais aussi très durable ; l'attitude qu'il exprime ici envers toutes ses anciennes connaissances, il la confirme tout au long de sa vie chrétienne. De quoi s'agit-il donc ? On ne peut en aucun cas soupçonner Paul d'immaturité spirituelle ! Visiblement, il s'agit d'autre chose.
On pourrait certes dire aussi qu'un homme qui a vécu une conversion à Dieu et qui s'est engagé sur le chemin de la justice réévalue souvent toute sa vie passée une fois pour toutes, surtout si sa vie était pécheresse et nullement compatible avec la justice. Mais on ne peut pas dire cela de Paul : il avait choisi Dieu et le chemin de la justice bien avant la rencontre sur la route de Damas. Que veut-il donc dire ?
Sans doute, pour comprendre Paul, faut-il vivre ce qu'il a vécu : l'expérience bouleversante de la réalité du Christ ressuscité et du Royaume qui, avec lui, est entré dans le monde. Sur un tel fond, tout ce qui précède devient réellement peu important, ou même totalement insignifiant. Il ne s'agit pas ici du fait que dans le Royaume aucune connaissance humaine ni aucune expérience humaine ne seraient nécessaires. Il s'agit plutôt de la qualité de cette connaissance et de cette expérience. Car toute notre expérience, par définition, se révèle être l'expérience du monde non transfiguré. Une telle expérience se révèle inévitablement limitée. Et, comme tout ce qui appartient à l'ordre non transfiguré des choses, elle doit changer dans le Royaume, être refondue, être transfigurée. Mais cela ne deviendra possible que si nous ne nous attachons pas à nos connaissances et à notre expérience dans leur ancienne qualité, vieillie. L'essentiel ici est de comprendre que, dans cette qualité, elle ne convient pas davantage au Royaume que les déchets dans une maison. Paul l'a compris en renonçant à ce qui formait auparavant le fondement de sa vie, religieuse et intellectuelle. En échange, il a reçu bien davantage : l'expérience vivante du Royaume, qui transfigure l'homme avec toutes ses connaissances.
