RÉFLEXIONS pour Dn 2:22
Les paroles de Daniel sur Dieu, en qui la lumière commence, ou auprès de qui demeure la lumière, car une telle traduction est aussi possible, peuvent être comprises de différentes manières. On peut les comprendre allégoriquement : il serait alors question de l'omniscience de Dieu, du fait que rien ne lui est caché, qu'il connaît tout, même ce qui est « dans les ténèbres », ce que l'homme ne verra jamais. Mais on peut aussi les comprendre littéralement ; il faut alors se souvenir de cette expérience spirituelle et mystique yahviste qui commence au moins avec Moïse, et peut-être même plus tôt. C'est à Moïse que la présence de Dieu s'est révélée comme lumière, comme une nuée lumineuse descendue sur une plante du désert semblable à un buisson roulant.
Moïse n'a pas compris tout de suite qu'il n'avait pas devant lui un feu physique, que le buisson ne brûlait pas, sans quoi il se serait consumé en un instant, car de tels buissons brûlent comme du papier, mais qu'il rayonnait. Et ensuite cette présence a accompagné le peuple tout au long de son chemin historique : pendant l'Exode puis plus tard, lorsque la nuée lumineuse se voyait la nuit au-dessus de la Demeure et dans le Saint des saints du Temple de Jérusalem. Dans le milieu sacerdotal, cette Présence lumineuse était appelée la gloire de Dieu ou la gloire de Yahvé, la gloire du Seigneur ; dans le milieu rabbinique, on l'appelait la shekinah, mot hébreu qui signifie littéralement « présence ».
Bien sûr, la lumière n'est pas Dieu. Elle n'est que la manifestation extérieure, physique, de la présence de Dieu. Dieu marque sur la terre le lieu où l'on peut le rencontrer ; sa puissance, son énergie demeure en ce lieu, et la nature physique avec laquelle cette énergie entre en contact, air, pierre, métal, commence à briller, à luire d'une lumière mystérieuse. Une lumière pour laquelle les ténèbres n'existent pas. Non pas parce qu'elle pénétrerait elle-même partout, mais parce que, pour la présence divine qui l'engendre, il n'y a pas d'obstacles.
Si Dieu veut marquer sa présence dans le vide absolu, là où il n'y a rien de physique qui puisse briller, le vide lui-même brillera. Et ici, peu importe qu'il s'agisse des profondeurs de l'univers ou des profondeurs de l'âme humaine. Les ténèbres ne sont possibles que là où la présence de Dieu ne se manifeste pas. Là où Dieu se cache. Mais ici, la faute n'est plus à la nature, elle est au péché. C'est lui qui nous cache Dieu, non la création de Dieu. Et la responsabilité nous revient entièrement, puisque nous choisissons nous-mêmes le péché, avec toutes les conséquences qui découlent d'un tel choix.
