RÉFLEXIONS pour Lc 7:11-16
Aujourd'hui, alors que l'Église nous appelle à concentrer notre regard de prière sur la manifestation de la résurrection du fils de la veuve de Naïn, on a envie, comme en contemplant ce texte à la manière d'une icône, d'arrêter son attention sur les mots : « ...et il le rendit [Jésus] à sa mère ». On dirait un détail tout à fait insignifiant, qui n'influe pas vraiment sur la composante narrative du texte, autrement dit quelque chose qui va de soi et n'arrête donc pas notre attention. Et c'est justement sur ce détail qu'il faut porter une attention plus vive, parce qu'un sens très profond y est déposé ; peut-être est-il le plus important de tout le texte, malgré, ou peut-être grâce à, sa discrétion. Car dans la parole de Dieu il n'y a pas une seule virgule superflue ou inutile ; tout y est concentré au plus haut point, uni et sans vide.
Ainsi, « et il le rendit [Jésus] à sa mère ». Dans ces mots se trouve tout le sens de la résurrection. Souvent les athées nous reprochent de croire à des « contes » simplement parce que nous avons peur de la mort. Eux, disent-ils, bien qu'ils aient peur comme tout le monde, surmontent courageusement cette peur en eux-mêmes. Les voilà donc forts et courageux, tandis que nous serions faibles et agrippés sans défense à des illusions. Mais en réalité il faut leur transmettre d'une manière ou d'une autre cette chose simple : ce qui nous est précieux, ce n'est pas notre immortalité, pas du tout. Ce qui est important pour nous est tout autre, saint et incorruptible : l'amour. L'amour d'une mère pour son fils, du fils pour sa mère, l'amour d'un petit-fils pour sa grand-mère et son grand-père, et des grands-parents pour leur petit-fils, l'amour pour le mari et pour la femme, l'amour pour les amis, pour les maîtres, l'amour pour une personne vivante et concrète. Voilà le sens de la résurrection.
Un jour, un prêtre desservant l'église d'un hôpital où de petits et de grands enfants mouraient du cancer racontait l'histoire d'un garçon qui mourait lui aussi et qui, avant sa mort, en se confessant, avait dit qu'il avait terriblement peur d'être un mauvais chrétien parce qu'il ne croyait pas beaucoup à l'existence après la mort. Le prêtre lui répondit que, tout au contraire, cela montrait qu'il était un vrai chrétien, honnête. Ce qui nous est cher, ce n'est pas l'immortalité personnelle, ni la vie paradisiaque qui nous attendrait comme récompense des souffrances terrestres, ni les fantasmes sur les beautés de l'au-delà qui agitent notre esprit, mais quelque chose qui naît dans le tissu même de cette vie terrestre : l'amour pour maman, qui t'a mis au monde, pour papa, pour le petit frère, pour la petite sœur. Voilà sur quoi nous concentrons le regard de notre pensée lorsque nous pensons à la fin de notre existence. Et voilà ce que l'Évangile nous dit aujourd'hui avec tant d'évidence, si nous ne passons pas à côté de paroles qui paraissent si compréhensibles.
