RÉFLEXIONS pour He 12:18-29
En parlant de l'histoire de l'alliance, l'auteur de l'épître recourt au rapprochement traditionnel dans le judaïsme entre la révélation reçue au Sinaï, où fut conclue la première alliance de l'histoire du peuple juif avec Dieu, et la révélation messianique, traditionnellement liée à Sion et aux promesses faites à David (v. 18–24). Il parle en même temps, ce qui n'est pas étonnant, des promesses données par Dieu comme de promesses accomplies, pensant d'abord à la Jérusalem céleste mentionnée dans le Livre d'Isaïe (v. 22–24 ; cf. Is 60). Ainsi l'auteur de l'épître apporte de nouvelles connotations au schéma traditionnel : la comparaison du Sinaï avec Sion devient pour lui la comparaison de l'ancienne alliance sinaïtique avec la nouvelle alliance messianique. Et l'alliance messianique est pour lui manifestement inséparable du Royaume, dont il voit le triomphe non dans l'avenir, mais dans le présent (v. 25–29).
Pour beaucoup de ses contemporains et coreligionnaires, la catastrophe de l'an 70 fut, semble-t-il, le signe que le triomphe du Royaume était remis à plus tard, et pour longtemps, qu'une sorte de défaillance s'était produite dans la réalisation des desseins de Dieu, de sorte qu'il fallait, pour un temps, sinon oublier le Royaume, du moins remettre à une date indéterminée tous les projets, espérances et œuvres qui lui étaient liés. L'auteur de l'épître, restant fidèle disciple de l'apôtre Paul, souligne au contraire que le dessein de Dieu s'accomplit selon son cours, que la catastrophe de l'an 70 ne signifie pas que Dieu renonce à tous Ses projets, que le Royaume demeure aussi proche qu'aux jours du ministère terrestre du Sauveur, lorsqu'Il en a Lui-même attesté la proximité.
À première vue, tout cela paraît évident, du moins évident pour un chrétien, mais après le choc vécu en l'an 70 par la Synagogue et par l'Église, même les choses les plus évidentes ont cessé pour un temps de paraître telles. Et l'auteur de l'épître ne se lasse pas de rappeler à ses lecteurs l'essentiel qui fonde la vie chrétienne : le Royaume, dont l'histoire continue malgré toutes les catastrophes, même les plus terribles, qui se produisent dans notre monde en voie de transfiguration, mais pas encore transfiguré et donc pas encore libre du mal.
