RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Ph 1:23-24

Paul dit de lui-même qu'il lui est égal de rester encore dans ce monde ou de le quitter. Il est prêt, suivant la volonté du Christ, à choisir ce qui est meilleur pour le service qui lui a été confié. L'apôtre lui-même voudrait être libéré et être avec le Christ, mais, s'il est plus utile pour ses frères qu'il poursuive son chemin terrestre, il y consent aussi.

Paul considère cette attitude envers la vie et la mort comme normale et naturelle pour un chrétien, et il appelle ses frères de Philippes à regarder la vie et la mort comme lui-même les regarde. Ce n'est pas étonnant : avec la venue du Christ, beaucoup de choses ont vraiment changé. Et d'abord le rapport entre notre monde non transfiguré et le Royaume qui, selon les paroles du Sauveur, « s'est approché ».

Auparavant, avant la venue du Christ, la mort signifiait d'une manière ou d'une autre le départ vers le monde des ombres, appelé shéol dans la Bible ; dans les livres grecs et de langue grecque, on mentionne l'équivalent grec du shéol, l'hadès, d'où vient d'ailleurs le mot russe « ad », enfer. Il existait aussi, par exemple en Égypte ou en Grèce, des représentations d'un autre au-delà, mais il est difficile de dire exactement ce qui se trouve derrière elles et quel type d'expérience spirituelle elles expriment. Quant à la représentation du monde des ombres, on peut la considérer comme universelle et commune à l'humanité : elle existe d'une manière ou d'une autre chez tous les peuples. Là, dans le monde des ombres, il n'y a pas de vie, mais seulement son pâle semblant, qu'on ne peut appeler vie qu'avec beaucoup de réserve.

C'est plutôt une existence entre l'être et le non-être, où il ne reste pas de mémoire de la vie terrestre et où la conscience de soi ne fait que vaciller. Avec la venue du Christ, tout change. Le processus de la résurrection universelle commence déjà au moment de la mort du Sauveur sur la croix ; les premiers ressuscités sortent des tombeaux précisément à ce moment. Il se poursuit ensuite : le shéol, le monde des ombres sous son ancienne forme, n'existe plus, et si auparavant la mort signifiait la perte définitive, jusqu'à la venue du Messie, de la plénitude de la vie, elle n'est maintenant qu'une frontière séparant les étapes du chemin du chrétien.

La fin de la vie terrestre signifie pour le chrétien seulement le commencement d'une vie nouvelle, et ce qu'elle sera dépend de la manière dont il a parcouru son chemin terrestre. Voilà pourquoi l'apôtre dit qu'il n'y a pour lui aucune différence entre la vie et la mort : il ne vit pas selon sa propre volonté, son chemin terrestre est défini par la volonté du Christ, et donc le moment où ce chemin s'achèvera sera lui aussi déterminé par le Christ Lui-même. Tel est le chemin du chrétien, et c'est précisément ce chemin que Paul appelle ses frères de Philippes à suivre.