RÉFLEXIONS pour Ac 5:17-42
La lecture d'aujourd'hui nous montre la limite que peut atteindre la conscience religieuse. Cette limite est désignée par le discours de Gamaliel (v. 34-39). Gamaliel appartenait à l'école rabbinique fondée par Hillel, maître de la Torah qui vivait environ deux siècles avant la naissance du Christ. Les représentants de cette école n'ont jamais été des formalistes religieux, considérant que la Torah devait être écrite dans le coeur de l'homme, déterminant toute sa vie et l'aidant à construire ses relations avec Dieu. Pour eux, le premier plan n'était pas occupé par le rite, mais par une communion intime, mystique, avec Dieu. À Hillel appartiennent ces paroles: «Là où deux ou trois se rassemblent au nom de la Torah, la shekhina demeure au milieu d'eux» (dans le judaïsme, on appelle shekhina la présence de Dieu). Il n'est pas étonnant que ce soit précisément un représentant de cette école qui ait pris la parole devant le Sanhédrin en faveur des apôtres.
Pour Gamaliel non plus, la situation n'était pas du tout claire ni univoque, mais il ne craignait pas ce que craignait l'élite du Temple: que le nouveau mouvement commencé dans le peuple se retourne contre eux (v. 27-28). L'absence de peur et la disponibilité à accueillir tout ce qui vient réellement de Dieu le distinguent de la majorité des représentants des autorités religieuses officielles.
Gamaliel ne peut rien dire de précis au sujet des apôtres et de leur prédication, ce qui n'a rien d'étonnant: il demeure le porteur et le gardien d'une tradition religieuse qui n'est liée ni à Jésus ni à Ses disciples. Mais son expérience spirituelle et religieuse lui suggère que des mouvements de ce genre ne réussissent que lorsqu'ils viennent de Dieu. C'est pourquoi il est tranquille: si les apôtres accomplissent l'oeuvre de Dieu, il n'a pas à s'inquiéter; sinon, il n'y a pas davantage lieu de s'agiter, car dans ce cas elle finira de toute façon tôt ou tard par ne rien donner.
Une telle position paraît neutre et expectative, mais elle ne pouvait être autre: Gamaliel restait dans des cadres religieux, bien que sa foi fût sincère et sa religiosité conséquente. Il ne savait réellement rien ni de Jésus ni des apôtres, et aucune expérience religieuse ne pouvait lui révéler ce qui ne se révèle qu'au contact du Royaume. Mais en même temps, Gamaliel, à ce qu'on voit, demeure absolument ouvert à l'action de Dieu et prêt à accueillir tout ce qui vient de Dieu. Sa position suppose avant tout une honnêteté absolue devant lui-même et devant Dieu. Et c'est, apparemment, ce que la religion peut donner de meilleur à l'homme. Dans un tel état d'esprit, l'homme ne se jettera ni à la suite des faux prophètes et des faux messies, ni ne saisira des pierres à l'apparition de tout nouveau mouvement religieux. Sa religion lui donne la paix intérieure. Cette paix qui, bien sûr, ne remplace pas le Royaume, mais donne la possibilité de le voir.
