RÉFLEXIONS pour He 10:11-18
Revenant aux paroles de Jérémie sur la nouvelle alliance messianique (v. 15-17; cf. Jr 31:31-33), l’auteur de l’épître passe ainsi de la notion de Torah extérieure à celle de Torah intérieure, ainsi qu’à l’image de la Torah vivante, bien connue non seulement de la tradition juive, mais aussi de la tradition chrétienne primitive. Ces notions et ces images étaient fondamentales aussi pour la vision chrétienne du monde de son maître: Paul, dans ses épîtres, s’est lui aussi tourné plus d’une fois vers le thème de la Torah intérieure et vers l’image de la Torah vivante, les considérant comme la base pour comprendre ce qu’est le christianisme et la vie dans le Royaume.
L’auteur de l’épître, à la suite de l’apôtre, considère que la principale particularité de la vie du Royaume est la liberté à l’égard du péché, ce qui rend l’ancienne Torah sacerdotale non actuelle: car, dans sa qualité antérieure, elle était précisément orientée vers la lutte contre le péché, qui ne peut exister dans le Royaume (v. 18). Cependant, son sens et son importance demeurent les mêmes: car le but principal de la Torah sacerdotale était la sanctification du peuple, et cette tâche reste actuelle. La vie dans le Royaume est une vie sanctifiée, de sorte que les habitants du Royaume n’ont pas moins, mais même davantage besoin de sanctification que ceux qui cherchaient et attendaient le Royaume dans notre monde encore non transfiguré, aux temps préchrétiens. Plus encore: ils ont besoin de la sanctification dans toute sa plénitude, que l’ancien sacerdoce ne peut donner, mais dont la possibilité leur est ouverte avec la venue du Sauveur (v. 11-14). Et cette sanctification ne devait plus être extérieure, touchant en premier lieu le corps de celui qui est sanctifié, mais intérieure, commençant par le cœur et finissant par saisir l’homme tout entier.
Bien sûr, une telle sanctification ne peut être instantanée, car elle suppose la libération définitive de l’homme du péché et la transfiguration de sa nature; mais elle n’implique pas par définition la répétition: car si, pour quelque raison, ce processus spirituel s’interrompt, un retour en arrière est inévitable, et alors il faudra tout recommencer depuis le début. Dans le Royaume, il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de purification multiple ni de sanctification multiple: une purification répétée signifierait qu’un habitant du Royaume a cessé à un moment donné de l’être, se coupant de la vie dont il vivait auparavant, et qu’il lui faut maintenant revenir en arrière, en un certain sens en recommençant tout à zéro. C’est pourquoi l’auteur de l’épître parle de la perfection de ceux qui sont sanctifiés: ils sont déjà devenus habitants du Royaume, attendant maintenant son triomphe définitif et le retour du Christ dans la gloire (v. 12-14).
