RÉFLEXIONS pour He 9:1-10
Décrivant de manière assez détaillée l’organisation de la Demeure, bien connue de ses contemporains d’après le texte du livre de l’Exode, l’auteur de l’épître attire en même temps l’attention de ses lecteurs sur le fait que la forme même du culte yahviste supposait un certain inachèvement, laissant entrevoir quelque chose de plus grand que ce qu’il pouvait donner à l’homme en matière de purification et de sanctification. L’auteur décrit la Demeure comme un sanctuaire terrestre lié à cette « première alliance » qui unit le peuple à Dieu au Sinaï (v. 1–5). Ce sanctuaire jouait son rôle : il était le lieu de la présence de Dieu, qui purifiait et sanctifiait le peuple (v. 6–7). Mais le fait même qu’un tel sanctuaire existât témoignait que ni la purification complète ni la sanctification complète ne pouvaient exister à l’époque où de nombreux siècles restaient encore avant la venue du Messie (v. 8–10).
Nous sommes ici devant un problème auquel Paul avait déjà beaucoup réfléchi : la vie spirituelle n’est pas le domaine où la quantité se transforme d’elle-même en qualité. L’augmentation du nombre des obligations religieuses accomplies par l’homme ne rapproche pas celui qui les accomplit de l’état spirituel idéal de Torah vivante, même si le nombre de ces obligations tend vers l’infini. La nouvelle qualité spirituelle est par principe irréductible à la quantité d’œuvres « spirituelles » accomplies par l’homme. Il en va de même pour la sanctification ou la purification : même l’augmentation à l’infini du nombre des rites de purification ne délivrera pas celui qui se purifie du pouvoir du péché, pas plus que la sanctification répétée sans cesse ne transfigurera jusqu’au bout la nature humaine de celui qui est sanctifié. Ici non plus, la quantité ne se transforme pas d’elle-même en qualité. Il faut un effort spirituel particulier, orienté vers un but, pour qu’un tel passage devienne réalité et que l’homme ait réellement la possibilité de participer à la vie du Royaume. Avant la venue du Messie, la tâche principale de la vie spirituelle restait donc de maintenir un certain équilibre spirituel, au moins relatif, qui permettrait à ceux qui cherchaient une vie juste, au minimum, de ne pas s’enliser dans le péché et de ne pas tomber complètement sous le pouvoir des lois du monde non transfiguré.
Bien sûr, cette tâche elle-même était loin d’être simple à résoudre, mais elle fut tout de même résolue, si bien que le monde ne s’effondra pas dans l’abîme et tint jusqu’à la venue du Messie. Et ce n’est que maintenant qu’il devint possible de parler de faire le pas suivant, après lequel, à la lumière du Royaume révélé, les anciens efforts et les anciennes formes deviendraient inutiles.
