RÉFLEXIONS pour He 7:11-19
Passant au thème de la Torah (la Loi), l'auteur de l'épître raisonne à son sujet de la même manière que son maître Paul. Il voit plusieurs niveaux de la Torah : d'une part, la Torah comme législation, comme code juridique et moral, et d'autre part la Torah intérieure comme axe spirituel et impératif spirituel et moral qui détermine les relations de l'homme avec Dieu et toute sa vie. Il est évident que l'auteur de l'épître regarde le Christ de la même manière que tous les chrétiens de cette époque : comme l'unique exemple, dans l'histoire du peuple de Dieu, de Torah vivante.
En poursuivant la pensée de Paul sur la Torah et en l'étendant au sacerdoce lévitique, il dit : de même que la Torah, en elle-même, ne rend pas l'homme parfait, de même le sacerdoce qui existe dans le cadre d'une telle Torah, qui ne mène pas à la perfection, ne peut pas sanctifier le peuple dans toute sa plénitude. Paul dit beaucoup et souvent dans ses épîtres que la Torah, même intérieure, ne rend pas encore l'homme parfait, qu'elle ne peut pas changer qualitativement la nature de l'homme ni le délivrer du pouvoir du péché. Mais les prêtres lévites sont eux aussi des hommes pécheurs ; aucun d'eux n'a manifesté au monde des exemples de Torah vivante. S'il en est ainsi, la sanctification par laquelle Dieu sanctifiait le peuple à travers leur action sacerdotale ne pouvait pas être complète. La plénitude de la Torah, c'est la Torah vivante, et la Torah vivante, c'est le Christ Lui-même.
Dans le Christ se produit un changement, ou une transformation, de la Torah ; il faut donc que le sacerdoce change aussi. Il ne s'agit évidemment pas de faire venir, à la place du sacerdoce lévitique, une autre communauté ou corporation sacerdotale qui le remplacerait. Il s'agit d'autre chose : de la manière et de la plénitude de la sanctification du peuple, conformes à la nouvelle qualité de sa vie. En effet, pour vivre dans le Royaume, pour demeurer membre du corps du Christ, le chrétien doit être sanctifié dans toute la plénitude qui lui est possible, comme il ne l'a jamais été par les sacrifices yahvistes, parce qu'aucun homme en état de chute ne peut être sanctifié jusqu'au bout.
Mais maintenant, dans le processus par lequel l'homme devient Torah vivante (et le chemin dans le Christ, le chemin de la ressemblance au Christ, était compris par les premières générations chrétiennes précisément comme le devenir de l'homme dans le Christ comme Torah vivante), il doit être sanctifié précisément dans la plénitude, puisqu'elle lui est donnée comme à un être créé. Or une telle sanctification n'est possible que dans cet espace spirituel des relations du Père et du Fils où demeure l'Église. Là, le Grand Prêtre est déjà le Christ Lui-même, et la plénitude de la sanctification s'avère correspondante.
