RÉFLEXIONS pour Ez 37:13-14
Pour Ézéchiel, la possibilité même du retour futur du peuple de Dieu sur la terre des pères se trouve liée à son renouvellement spirituel, à ce souffle de Dieu qui donne la vie à l'homme. C'est sans aucun doute le même souffle que Dieu « insuffla » dans les « narines » de l'homme lors de la création (même si, dans le récit du Livre de la Genèse, il est désigné par un autre mot).
L'homme déchu ne vit plus tant de ce souffle que, selon la parole de la Bible, du « sang » ; son principe vital (son « âme ») se trouve, après la chute, lié non plus au souffle de Dieu, comme c'était le cas avant la chute, mais à sa propre nature.
Cela aussi est possible, sinon pour vivre pleinement, du moins pour exister. Pour un homme isolé comme pour tout un peuple. Ce sera précisément une existence au minimum vital, moins une vie qu'une survie. Il n'est alors plus question d'indépendance, ni d'un État propre, ni de résistance aux ennemis : tout cela exige des forces spirituelles qu'on ne trouve pas en s'appuyant sur sa propre nature au lieu de Dieu.
Aussi paradoxal que cela paraisse, l'exil, dans un tel état spirituel, était la meilleure issue. Il ne s'agissait pas de l'anéantissement du peuple ; même ceux qui furent déportés à Babylone, personne n'avait l'intention de les tuer. Les autorités ne se préoccupaient même pas de l'assimilation : si elle eut lieu en partie, ce ne fut que comme un processus naturel dans de telles conditions.
C'est justement le caractère naturel et facile d'une telle vie qui plaçait chaque Juif arrivé à Babylone devant un choix : garder fidélité au Dieu des pères ou s'en débarrasser comme d'un fardeau superflu dans les nouvelles conditions, un fardeau qui ne donne désormais aucun avantage et peut créer des problèmes, même s'ils ne sont pas catastrophiques.
Cependant, pour garder la foi des pères, il fallait la renouveler, et c'est précisément de ce renouvellement spirituel que parle le prophète. Il comprend parfaitement que recevoir la possibilité de revenir sur la terre des pères, et donc, de fait, recevoir une chance d'avoir encore une histoire, une seconde histoire, n'est possible qu'en acquérant les forces spirituelles nécessaires au nouveau chemin historique à venir. Sinon, cette seconde histoire non seulement ne réussira pas, mais ne pourra tout simplement pas commencer.
Ézéchiel, comprenant parfaitement la situation spirituelle qui s'était créée, ne parle pas par hasard du renouvellement du peuple comme de sa résurrection : car il s'agit réellement d'un retour à une vie déjà perdue, de la même manière, ou presque, que des siècles plus tard y reviendront ceux que Jésus ressuscitera. Et de même qu'on peut considérer comme un miracle la vie ultérieure des ressuscités, encore dans un corps non transfiguré, on peut aussi considérer comme un miracle toute l'histoire du peuple juif après l'exil. Un miracle dont le point culminant sera la venue du Messie.
