RÉFLEXIONS. Lectionnaire catholique.

RÉFLEXIONS pour Lc 9:7-9

Comme on le voit, la prédication de Jésus Lui-même et de Ses disciples suscite peur et incompréhension chez les autorités, et d'abord chez Hérode. En principe, il n'y a là rien d'étonnant : les autorités (aussi bien locales que romaines, en la personne de leurs représentants en Palestine) se méfiaient généralement, à cette époque, de toutes sortes de mouvements religieux et politico-religieux en Palestine en général, et en Judée en particulier. Elles surveillaient avec une attention particulière tout mouvement, même seulement naissant, où se trouvait le moindre soupçon de messianisme. Rien d'étonnant à cela : les représentations messianiques populaires de l'époque auraient inévitablement transformé tout mouvement messianique en insurrection dirigée aussi bien contre Rome que contre ses protégés locaux, comme Hérode, qui avait le statut d'allié romain (l'alliance était ici une forme historiquement constituée de vassalité plus ou moins honorable). Mais la peur d'Hérode, selon toute apparence, n'était pas seulement due à ces considérations parfaitement rationnelles. Sa peur était plutôt, semble-t-il, précisément irrationnelle.

Ayant entendu parler de Jésus et de Sa prédication, puis de la prédication des apôtres envoyés par Lui, Hérode se mit à s'agiter fébrilement, essayant de comprendre ce que tout cela signifiait. Jean était-il ressuscité des morts ? Ou bien l'ancien prophète Élie était-il redescendu des cieux, lui dont les traditions populaires disaient qu'après avoir quitté la terre sur un char céleste, il reviendrait peu avant le jour du Jugement dernier et la venue du Messie ? C'était manifestement la peur d'un débauché et d'un meurtrier, la peur d'un pécheur qui craignait une rétribution venue soit de Dieu, soit des « zélateurs » zélotes, soit de quelque autre force encore inconnue de lui et donc encore plus terrible.

Comme on le voit, le meurtre de Jean le Baptiste fut la goutte d'eau qui déclencha dans l'âme du gouvernant pécheur une véritable tempête de peurs et de manies jusque-là refoulées. Ce n'est pas un hasard si l'évangéliste mentionne qu'Hérode aimait s'entretenir avec Jean, même lorsque celui-ci se trouvait déjà en prison par son ordre, à lui Hérode. Hérode haïssait Jean, le craignait et, paradoxalement, tout de même, sinon l'aimait, du moins éprouvait de la sympathie pour lui. Le contact avec Jean était nécessaire à Hérode.

Il est possible que ce contact avec le juste apaisait les forces des ténèbres qui nichaient déjà dans son cœur, de même que le contact avec David les apaisait dans l'âme d'un autre gouvernant pécheur, Saül. Et l'exécution de Jean, qu'Hérode ne voulait pas du tout, libéra les ténèbres qui nichaient dans l'âme d'Hérode de la dernière barrière qui les empêchait de s'emparer définitivement du cœur du roi pécheur. Et Hérode se mit à s'agiter, pressentant une fin triste et inévitable. Une fin qui arriva assez vite.