RÉFLEXIONS pour Is 51:1-23
La lecture d'aujourd'hui est consacrée au thème du rachat et de la libération du peuple. Selon toute apparence, la prédication du prophète rapportée ici retentit peu avant la prise de Babylone par les Perses, lorsque la libération était déjà réellement proche, mais que peu de gens y croyaient, car Babylone paraissait à tous les habitants de la ville une forteresse indestructible que personne ne pouvait prendre, pas même Cyrus le Grand. Il y eut sans doute malgré tout une forme de persécution contre la communauté juive dans ces dernières années de l'existence de la Babylonie, et Isaïe encourage ceux qui, peut-être par peur des persécutions, avaient décidé sinon d'une apostasie directe, du moins de certains compromis dans les choses de la foi (v. 12-14). Et le prophète dit que bientôt la situation changera complètement, et que les persécuteurs récents seront eux-mêmes persécutés, subissant ce qu'ils avaient contraint le peuple de Dieu à vivre (v. 22-23).
À première vue, nous avons ici devant nous une compréhension purement mécanique de la justice, qui suppose le fameux principe « œil pour œil, dent pour dent ». Pourtant, même la Torah n'admet une telle approche qu'en s'abaissant à la faiblesse spirituelle et à l'esprit de vengeance de l'homme déchu. Et dans le cas présent, il ne s'agit sans doute pas simplement de la joie de voir les persécuteurs actuels subir ce que les persécutés subissent aujourd'hui. Il s'agit plutôt, semble-t-il, d'une sorte de « loi de la rétribution » qui agit dans le monde déchu avec l'inévitabilité d'un pendule oscillant : le mal injustement infligé à un homme particulier ou à tout un peuple revient toujours, d'une manière ou d'une autre, vers celui ou ceux qui l'avaient commis.
Bien sûr, on ne peut ici parler d'aucune justice, car ceux qui souffrent du « coup en retour » (surtout lorsqu'il ne s'agit pas d'individus, mais de peuples et de tribus) ne sont généralement pas du tout ceux qui étaient coupables du mal commis. Il faut plutôt parler ici d'une sorte de « loi de conservation du mal » dans le monde déchu : une fois commis, le mal ne disparaît jamais nulle part sans laisser de trace, mais engendre une chaîne de conséquences soumise à certaines lois, peu compréhensibles pour nous, qui n'ont rien de commun ni avec les commandements de Dieu ni avec quelque norme morale que ce soit. Et avant la venue du Christ, il était totalement impossible de rompre une telle chaîne née d'un mal une fois commis ; on pouvait seulement soustraire au coup ceux qui étaient nécessaires à l'accomplissement du plan de Dieu, si du moins ceux qui en étaient retirés en donnaient à Dieu la possibilité en acceptant de Le suivre et d'accomplir Sa volonté. Tel était le monde avant la venue du Christ. Un monde qui ne connaissait pas encore le Royaume.
